👣 Tout ce qui bouge ne roule pas

Qui gagnera la guerre entre la voiture et le vĂ©lo ? C’est manifestement devenu un sujet conflictuel central pour la presse et les rĂ©seaux sociaux. AprĂšs quelques dĂ©cennies de domination sans partage des espaces publics par la voiture, les pistes cyclables camouflĂ©es en jaune et la multiplication des panneaux 30 sont-elles les prĂ©misses d’une prise de pouvoir par le vĂ©lo ? Il faut dire qu’on ne voit qu’eux ces derniers mois. À deux ou trois roues, avec ou sans moteur, cargos ou pliants, les vĂ©los se montrent et se voient en nombre dans nos rues. Ces mutations accĂ©lĂ©rĂ©es de l’engin ne sont d’ailleurs pas sans relation avec son succĂšs viral. ConquĂ©rants (mais pas encore vainqueurs), ils gagnent nombre de batailles, Ă  tel point que les automobilistes manifestent dans les rues
 Ă  pied. Mais tout cela est bien beau, mais on oublie une chose essentielle dans ces dĂ©bats : tout ce qui bouge ne roule pas.

Et oui, d’autres moyens de mobilitĂ© existent. Ils sont disponibles Ă  la demande, zĂ©ro Ă©mission, zĂ©ro carbone et ne nĂ©cessitent pas de recharge Ă©lectrique ou d’hydrogĂšne (vert) : ce sont nos pieds. Absente des dĂ©bats, la marche constitue pourtant prĂšs d’un quart des dĂ©placements en France. Elle compte mĂȘme pour 38% dans l’agglomĂ©ration parisienne, plus que la voiture (33%) ou les transports en commun (25%). Mais la marche n’est pas qu’absente des dĂ©bats, elle l’est aussi des politiques d’amĂ©nagement de nos espaces publics, comme le baromĂštre des villes marchables vient de nous le rappeler cruellement. Les rĂ©sultats des Ă©valuations de leurs villes par les Français sont tellement minables qu’il convient de rappeler que les notes sont sur 20, et pas sur 10. On est en moyenne Ă  9,2 mais Ă  8,2 seulement pour les grandes villes. Mentions spĂ©ciales Ă  Aubervilliers et Marseille, les seules Ă  passer sous la barre des 6/20 parmi les 200 villes notĂ©es. #pasbravo

Alors bien sĂ»r, pour marcher il faut ĂȘtre dans des espaces urbains d’une densitĂ© minimale, car passĂ© un certain seuil la ville n’est plus qu’un enchevĂȘtrement de routes et de parkings oĂč le passage d’un piĂ©ton est aussi incongru qu’un cerf qui traverse la place de la RĂ©publique. Mais mĂȘme dans les centres, nous ne faisons pas assez d’efforts pour faciliter la vie des piĂ©tons, qui doivent naviguer sur des trottoirs Ă©troits et encombrĂ©s, menacĂ©s en permanence par les autres modes de dĂ©placement qui prennent toute la place. Tout cela interdit de fait nos rues aux plus fragiles (aĂźnĂ©s, enfants, personnes Ă  mobilitĂ© rĂ©duite
) et pousse ceux qui le peuvent Ă  s’enfermer dans leurs SUV. Il est temps d’agir.

Tout ce qui bouge ne roule pas. Il est donc temps d’inviter le piĂ©ton autour de cette table des nĂ©gociations pour le moment animĂ©e par les seules invectives de l’automobiliste et du cycliste. Mais le piĂ©ton n’est pas seul Ă  avoir sa place autour de cette table, car la rue n’est pas qu’un tuyau conçu pour uniquement se dĂ©placer. Une rue, ça sert aussi Ă  s’asseoir, attendre, manifester, discuter, boire, jardiner, vendre, aimer, apprendre, dĂ©battre, bronzer
 Mille choses plus intĂ©ressantes que d’y stocker des boĂźtes en fer. La rue c’est l’espace de la rĂ©silience, le lieu du collectif et le cƓur de notre dĂ©mocratie. Elle vaut mieux que des dĂ©bats stĂ©riles entre ceux qui ont deux roues et ceux qui en ont quatre, et mĂ©rite enfin toutes nos attentions.

— Sylvain

PS : Merci Ă  Renaissance Ecologique pour cette image interactive des fresques amies dont la Fresque de la ville fait partie ! Nous attaquons d’ailleurs un grand chantier 🏗 pour rĂ©aliser la version 2 de la fresque de la ville, si vous avez envie d’y participer faites nous signe.

Récit · Le sol comme ressource

A Strasbourg, l'amĂ©nageur SPL Deux Rives porte un projet innovant de recyclage des terres polluĂ©es sur site. Dans une dĂ©marche d'Ă©conomie circulaire et de sobriĂ©tĂ© en sol, l'opĂ©ration Valozac participe Ă  refaire la ville sur elle-mĂȘme d'une maniĂšre la plus vertueuse possible.


Ouverture · Lire, écouter, rencontrer, voir...

📅 Agenda.

  • Du 20 au 25 septembre : festival Building Beyond, oĂč Sylvain interviendra le 24/09 Ă  13h. (Leonard)
  • Le 23 et 24 septembre, Ă  Rennes : rencontres inter-mondiales “De nouvelles maniĂšres de faire en architecture(s) et en urbanisme(s)”. (RIM)
  • 25 septembre : atelier d’imagination et d’écriture collective “Et si demain le Vivant disposait vĂ©ritablement de droit ?”. (Futurs Proches)
  • 28 et 29 septembre : confĂ©rences en ligne sur “la transition Ă©nergĂ©tique Ă  l'Ă©chelle du quartier : efficacitĂ© Ă©nergĂ©tique et nouveau bĂąti”. Sylvain interviendra le 29 Ă  11h30. (Office Franco-Allemand)
  • 29 septembre Ă  Paris : confĂ©rence de Laurent Davezies et David DjaĂŻz sur le soutien de l'Etat aux territoires. (Club Ville AmĂ©nagement)
  • 29 septembre : confĂ©rence d’Al Gore adressĂ©e aux chercheurs “The case for climate optimism”. In English. (Frontiers)
  • 29 septembre Ă  Toulouse : petit-dĂ©jeuner avec Marie-Ange Debon, prĂ©sidente de l'Union des Transports Publics et Ferroviaires. (Femmes en Mouvement)

❗ Soutien. On aime, on lit, donc on soutient : MediacitĂ©s a besoin de vous pour continuer de faire des enquĂȘtes locales sĂ©rieuses en restant indĂ©pendant. (MediacitĂ©s)

đŸŽ™ïž Emission. Encore le dĂ©bat de midi oĂč l'on parle cette fois d’exode urbain. Mais qui rimerait finalement plus avec pĂ©riurbanisation que retour Ă  la campagne... (France Inter)

đŸ€” En dĂ©bat. On en parle sans cesse, mais le sujet mĂ©rite toujours rĂ©flexion... Quels vont ĂȘtre les effets, Ă  long terme, du Covid sur l'organisation du travail, des mobilitĂ©s et de la ville ? Cet article penche pour un travail aux horaires plus flexibles, avec des mobilitĂ©s pendulaires amoindries et une ville plus polycentrique. (Ze Village)

đŸ„” Ca chauffe. C'est bien connu, on le ressent dĂ©jĂ , il fait chaud dans nos villes asphaltĂ©es. Pourtant, cette courte vidĂ©o nous montre de nombreuses possibilitĂ©s pour attĂ©nuer ce changement. On vous avait d'ailleurs dĂ©jĂ  parlĂ© des toits blancs. (Le Monde)

📖 A lire. Culture et MĂ©tropole, Une trajectoire montpelliĂ©raine, par Emmanuel NĂ©grier et Philippe Teillet (Cahier POPSU, Editions Autrement)

A l'heure oĂč la culture se dĂ©confine progressivement, cet ouvrage permet de comprendre comment les politiques publiques du "monde d'aprĂšs" pourront se faire. En interrogeant la construction des politiques culturelles des mĂ©tropoles au travers d'une Ă©tude quantitative et qualitative, les auteurs montrent la grande diversitĂ© de situations de la gouvernance culturelle en France. Levier majeur de l'attractivitĂ© territoriale, la culture reste encore peu rattachĂ©e aux mĂ©tropoles. Par cette analyse du cas montpelliĂ©rain on comprend mieux les rĂ©cits politique et culturel qui sous-tendent le dĂ©ploiement de l'action publique.

Montpellier s'est trÚs tÎt distinguée dans son histoire par l'accent qu'elle met sur la culture. [...] Ce catalogue est conçu pour établir une image de ville fondée sur la performance et l'excellence, attirer de nouvelles catégories de population et dévitaliser la droite urbaine, pour laquelle l'offre représente un idéal que n'aura jamais atteint l'équipe conservatrice antérieure : deux opéras, un grand festival classique, et la sensation de s'établir dans la modernité.

đŸ’Ș DĂ©mocratie du faire. Interview de LoĂŻc Blondiaux, politologue, qui appelle Ă  plus de participation citoyenne. Le geste, plutĂŽt que la parole, pourrait redevenir un moyen d'action. Il cite notamment l'essai de Matthew Crowford Eloge du carburateur, qu'on vous conseille vivement. (LibĂ©ration)

🌊 Ca dĂ©borde. Que faire si le changement climatique tourne vraiment Ă  la catastrophe ? Question trĂšs pragmatique, on pourrait mĂȘme enlever le "si". Dans cet article, des solutions "nature-based" pour s'adapter face Ă  la multiplication des inondations. Les digues n'Ă©tant, vous allez le voir, plus trĂšs Ă  la mode. (Heidi-news)

đŸ—Œ Toujours plus haut. C’est sĂ»r, on n’a pas fini de se prendre la tĂȘte sur la bonne densitĂ©. Mais il y aurait un consensus (et encore) Ă  dire qu’il est plus durable de construire en hauteur que de s’étaler. Et bien, peut-ĂȘtre pas tout le temps : avoir une forte densitĂ©, oui, mais attention Ă  ne pas aller trop haut, car passer un certain stade, cela ne devient plus intĂ©ressant pour notre empreinte carbone. In English.(Bloomberg)

Via @tintinade

Image

dixit.net est une agence de conseil et de recherche urbaine. Tous les mercredis, nous décryptons dans notre newsletter les grands enjeux de la ville et de ses transitions. Si vous la lisez pour la premiÚre fois, c'est le moment :