8602 c'est le nombre d'expulsions de clandestins effectuées depuis le début de l'année. Barrages routiers et rafles au petit jour se multiplient dans l'île. Tout est bon pour atteindre les objectifs fixée par un ministre de l'Intérieur connu pour sa parfaite connaissance du contexte mahorais, quitte a froisser quelque peu les textes en expulsant notamment des enfants scolarisés... Quitte aussi a oublier qu'une bonne partie de ces 8602 personnes sont déjà de retour sur l'île, en prenant des risques de plus en plus importants du fait du renforcement du contrôle en mer. Mais il faut faire du chiffre, le reste importe peu, politique migratoire et coopération régionale se résument dès lors à la mise en place d'une chaîne logistique...


Un gosse me salue en passant, du haut du
plateau de cette camionnette qui me double. « Bonjour Sylvain !» Enchanté,
je me demande d’où il me connaît. 6-7 ans, un sourire splendide et des fringues
un peu crades, le portrait craché de la moitié des gosses que je croise tous
les jours dans les quartiers pourris où je traîne mes tongs oranges. Et moi qui
sue sang et eau en courant le long de la route par ce début de soirée moite de
saison des pluies…
Un amas de bois et de tôles, des lambeaux
de tissus, une affiche publicitaire, une bassine en plastique et un bout de
clôture en bambous ; les restes d’une case dans le godet d’un tractopelle
qui s’en va finir dans les flammes d’un feu qui cache bien sa joie. Des maisons
de tôle qui s’effondrent une à une sous les coups des engins, sous les efforts
silencieux de ces familles aux regards hésitants et aux visages fermés. Le
fracas des marteaux et des bulldozers qui résonne sous le soleil tenace de
cette saison chaude qui commence. Qui commence à peine.