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  <title>dixit</title>
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  <language>fr</language>
  <pubDate>Thu, 24 Jul 2008 12:55:48 +0200</pubDate>
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    <title>Histoires, par Emmanuel Pourtal</title>
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    <pubDate>Tue, 29 Apr 2008 22:13:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Histoires</category>
            
    <description>&lt;p&gt;Quand l’un de mes petits-fils me dit un beau jour “ Mais, Papé, cette
histoire tu me l’as déjà raconté au moins trois fois”, je décidais de les
écrire une par une, de les numéroter, de les mettre en liasse avec une page
blanche entre chaque histoire sur laquelle je pourrais mentionner “Histoire
racontée à Pierre, Marc ou Jean le...” Je pourrais même y ajouter une
approbation, par exemple “A paru s’y intéresser, a ri ou souri poliment, bide
complet, etc.” Je pourrais ainsi, après consultation des appréciations, soit
supprimer purement et simplement cette histoire qui ne présente d’intérêt que
pour moi-même, soit simplifier, soit en rajouter, soit enfin la transformer
pour en faire une fiction, un conte, un roman sans aucun rapport avec la
réalité. Mais tout de même en conservant une trame qui la relirait à l’histoire
primitive. Décision importante qui me demanderait certainement un gros travail,
mais qui stimulerai ma mémoire, naturellement faible, mais en raison de mon
grand âge, normalement défaillante.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Autre avantage qui m’apparut plus récemment, un de mes petits-fils vient de
se découvrir une vocation d’écriture. Il vient à vingt ans, en même temps
qu’une licence de lettre, de s’attaquer à la mise en forme de son premier
roman. Je pourrai lui léguer ce recueil d’histoires (si j’ai le temps de le
confectionner). Il pourra peut-être en tirer quelque inspiration. Il m’a été
raconté que de nombreux écrivains se trouvent parfois muets devant une page
blanche “mais qu’est-ce que je pourrais bien raconter aujourd’hui ?” Une
relecture de l’histoire 47 lui permettra peut-être de refaire partir la machine
de son imagination, de son inspiration. L’inspiration, m’a-t-on dit, provient
aussi bien d’une fleur dans un champ ou d’un fait divers du journal du matin,
ou de la lecture d’un confrère. Pourquoi pas l’histoire n°47 !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais par où commencer ? Des histoires racontées me concernant,
s’étendent sur trois quarts de siècles, depuis l’âge de 5 ou 6 ans. Les
histoires antérieures ne peuvent être que des histoires de seconde main. Or
donc, il y a toutes les histoires de prime jeunesse, qui sont sûrement des
histoires de vacances dans divers lieux de la grande banlieue marseillaise. Peu
d’histoires de classe. Je ne me suis jamais beaucoup passionné pour les “
études “. Quelques histoires de bons chahuts mais peu de savoureuses
découvertes intellectuelles. Des découvertes de lieux d’aventure avec les
scouts des histoires collectives familiales : avec six frères et sœurs, il
se passe pas mal de choses. Et puis des histoires d’étudiants pendants trois
ans à la faculté de droit à Aix. C’était la belle époque d’avant-guerre où les
1000 ou 2000 étudiants faisaient la loi dans la petite, très petite (alors)
cité provençale. Le service militaire à Valence, Versailles (école des chars)
et Verdun (511e). Et puis la “drôle de guerre” et les 48h de la “plus drôle de
guerre”. Pour conclure 18 mois en captivité dans une morne plaine du Nord de
l’Allemagne. Des histoires d’occupation, de bombardement, de libération de
ballottements politiques, etc, etc. Des histoires professionnelles, assez
diverses, puisque je fus successivement administrateur d’immeubles,
paysan-éleveur et enfin expert immobilier près les tribunaux. Des histoires
encore d’une expérience de “retour à la terre” et du retour à Aix. Vingt-cinq
ans d’expertise immobilière et de direction d’une société HLM. Les cinquante
ans de “vie conjugale”, sont évidemment émaillés d’histoires, mais elles ne
regardent que nous deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour des raisons de santé, j’avais fait un “retour à la terre”. Dans la
banlieue aixoise, nous avions installé deux poulaillers et 300 poules
pondeuses. Le terrain de deux hectares, pour moitié une vigne, pour 1/3
oliviers, le reste en prairie, jardin potager et fruitier. À l’époque, en 1949,
on pouvait vivre petitement mais agréablement, avec pas mal d’huile de coude et
de bonne volonté, sur un si petit espace agricole. “Ca” dura 7 ans. Puis vint
l’année tragique (pour les agriculteurs) 1956. Du début février à la fin du
mois, le thermomètre descendit au-dessous de 0° (10-15°). Le bilan : une
centaine d’oliviers, la moitié de la vigne les figuiers furent gelés. Un vrai
paysage de bombardement. Les 300 poules pondeuses disparurent en 48 heures
victimes de la peste aviaire véhiculée par le canal du Verdon où certains
paysans (peu scrupuleux c’est le moins que l’on puisse dire) jetèrent leurs
poules contaminées. Un massacre dans la région aixoise. S’ajoutait une épidémie
de myxomatose qui ravagea les clapiers. Il était nécessaire, pour recommencer à
zéro, de disposer d’importants capitaux dont je ne disposais pas. Je me mis
donc “en recherche d’emplois”. Recevant une amie juge au tribunal d’Aix, je lui
fais part de mon souci : “Nous manquons à Aix d’experts immobiliers. Vous
avez une licence en droit, vous avez exercé à Marseille pendant 7 ans le métier
d’administrateur d’immeubles, vous être le type d’homme.”&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le titre d’expert immobilier recouvre tout une série d’activités diverses.
L’architecte est un expert immobilier qui peut déterminer les prix de
construction, les erreurs commises lors de diverses étapes de la construction,
les coûts de reconstruction, les conséquences d’un séisme ou d’une inondation,
etc, etc.  Le géomètre expert est souvent appelé pour les problèmes de
mitoyenneté, l’assiette d’une expropriation, l’établissement d’un cadastre, les
demandes de permis de construire. L’expert agricole doit donner son avis sur
les innombrables litiges concernant les loyers, les partages, les valeurs des
terres agricoles et du cheptel. Le code rural constitue un domaine très
complexe et très mouvant. Hors agricole, construction et implantation sur le
terrain, il reste de vastes domaines où l’avis de l’expert immobilier peut être
utile au juge qui rarement se déplace sur le terrain. Comment déterminer la
valeur d’un immeuble, de loyers commerciaux ou d’habitation, la valeur d’un
fond de commerce ? Comment partager des immeubles lors d’un divorce ou
d’une succession ? L’inspecteur des Domaines, expert immobilier lui-même,
donne l’avis de l’expropriant, l’expert immobilier donnera l’avis de
l’exproprié. Au Juge de concilier, de dire ou d’appliquer la Loi. Dur
métier ! L’expert immobilier désigné par le juge deviendra son œil et son
oreille hors la salle du prétoire. Les avocats sont chargés de démolir le
rapport d’expertise, ou de demander son entérinement. Ils n’aiment pas la “
conciliation “ qui arrête procès, plaidoiries et honoraires. On les comprend,
mais ce serait tellement plus simple et plus rapide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce métier d’expert immobilier exercé pendant 25 ans, il reste quelques
histoires plus ou moins drôles que j’aime raconter à mes enfants ou mes
petits-enfants, à des amis ou des voisins. Mais l’âge venant, enfants, amis ou
voisins écoutent poliment mes redites. Par contre les petits-enfants sont plus
difficiles : “Mais Papé celle-là tu nous l’a déjà raconté” Et oui on
devient vite “repepiare”. Alors j’ai décidé d’établir des fiches sur les
histoires les plus marquantes et de les numéroter. Mes petits-enfants auront
une copie de ces fiches. Et s’ils ont envie de s’en faire raconter “une” il
suffira qu’ils m’indiquent le numéro. Ce ne seront plus que des redites
volontaires.&lt;/p&gt;</description>
    
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    <title>Oostende</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2008/03/30/Oostende</link>
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    <pubDate>Sun, 30 Mar 2008 13:00:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.dixit.net/public/Images/P1020359.JPG&quot; alt=&quot;P1020359.JPG&quot; /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Mistral et Brise de Mer</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2007/06/26/Mistral-et-Brise-de-Mer</link>
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    <pubDate>Tue, 26 Jun 2007 23:08:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Histoires</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Brise de Mer et Mistral étaient deux cousins de la grande famille des Vents.
Brise de Mer arrivait toujours du Château d'If ou du Frioul, deux îles au large
de Marseille. Mistral arrivait de Valence, survolait le Rhône et en Avignon,
s'engouffrait dans la vallée de la Durance. Et tous deux se rencontraient en
Aix. Brise de Mer était petite, douce mais têtue. Mistral était très grand,
très coléreux, mais ses colères s’arrêtaient toujours le soir, car Mistral
était très « dormiasse » et il lui fallait plus de douze heures de
sommeil pour refaire ses forces et même le matin il mettait un gros bout de
temps pour retrouver toutes sa colères. Brise de Mer avait bien essayé de
discuter avec Mistral, pour le sermonner et lui conseiller de se calmer, mais
Mistral parlait tellement fort et faisait tellement de gestes que Brise de Mer,
qui n’était pas belliqueuse, haussait les épaules et retournait tranquillement
chez elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour, deux jours, trois jours… neuf jours, Brise de Mer avait essayé de
calmer son méchant cousin. Mais neuf fois elle était revenue dans ses îles,
découragée. Les gens d’Aix, énervés par le Mistral, avaient envoyé une
délégation à Brise de Mer, la suppliant de revenir chez eux. Mais Brise de Mer
leur avait dit « Qu’est-ce que vous voulez, braves gens, j’essaie bien de
discuter avec mon cousin Mistral, mais il n’écoute rien et ne veut rien
comprendre. Il crie, il gesticule, il me fatigue. » « J’essaierai
encore demain et puis c’est fini, je reste chez moi. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain Brise de Mer se leva de très bonne heure, se rendit à Aix,
s’installa sur tout le Pays d’Aix de Banon à Venelles et attendit. Mistral qui
commençait à être très fatigué de ses neufs jours de colère, arriva très tard à
Salon, mal réveillé. Brise de Mer, très calmement mais d’un ton ferme, lui
dit : « Cousin Mistral, aujourd’hui tu m’écouteras. Les gens d’Aix en
ont assez de tes colères. Ils voudraient bien que tu retournes chez toi pour te
reposer. D’ailleurs, je trouve que tu as mauvaise mine et, à mon avis, tu dois
couver une méchante grippe. » Mistral se regarda dans une glace et se
trouva les yeux gonflés, le teint gris et en tirant la langue la trouva bien
blanche. Il remercia sa cousine Brise de Mer et s’en retourna, très las, dans
ses rochers de bord du Rhône. Il se rendormit et Brise de Mer put revenir tous
les jours se promener tranquillement sur le Pays d’Aix qu’elle aime tant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emmanuel Pourtal&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>M'Gombani 04.2007</title>
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    <pubDate>Fri, 22 Jun 2007 15:09:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Mayotte</category>
        <category>Mayotte</category><category>MGombani</category>    
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.dixit.net/public/Images/R0014092.JPG&quot; alt=&quot;R0014092.JPG&quot; /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Transphotographiques</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2007/06/10/Transphotographiques</link>
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    <pubDate>Sun, 10 Jun 2007 23:33:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Photographie</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Dernière semaine pour apprécier le Festival des &lt;a href=&quot;http://www.mairie-lille.fr/sections/site-fr/A_la_une/copy_of_transphotographiques&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Transphotographiques&lt;/a&gt; (Sixième édition) qui se tient jusqu'au
17 juin, dans la région Nord Pas de Calais et en Belgique... &lt;img src=&quot;http://www.dixit.net/public/Images/P1010285.JPG&quot; alt=&quot;P1010285.JPG&quot; /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>avant / après</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2007/06/10/avant-/-apres</link>
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    <pubDate>Sun, 10 Jun 2007 19:15:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Urba / Archi</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.dixit.net/public/Images/P1010130.JPG&quot; alt=&quot;P1010130.JPG&quot; style=&quot;display:block; margin:0 auto;&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;150 films de 3 minutes, de bons moments d'archi, à ne pas manquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'à mi-septembre à la &lt;a href=&quot;http://www.citechaillot.fr/exposition/galeries_d_expositions_temporaires.php?id=31&quot; hreflang=&quot;fr&quot;&gt;Cité Chaillot&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>BONDO ?</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2006/12/20/BONDO</link>
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    <pubDate>Wed, 20 Dec 2006 12:53:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Mayotte</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.dixit.net/public/Images/Bondo.gif&quot; alt=&quot;Bondo.gif&quot; /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Mon voisin est un artiste</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2006/12/04/Mon-voisin-est-un-artiste</link>
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    <pubDate>Mon, 04 Dec 2006 06:47:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Mayotte</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;Il faudrait que j'écrive un jour une nouvelle avec mon voisin mauricien
comme héros. Non un roman même. Un moustachu au ventre aussi large que son
sourire, toujours à traîner autour de son pickup à la vitre obstruée par un sac
poubelle noir. Un jour je le déniche au bord d'un cimetière à faire des trous à
la pioche avec ses maçons, juste à l'endroit où je suis sensé refaire un bout
de route, un parking, de l'éclairage et quelques aménagements pour faire bien.
Il va faire une cloture. Evidemment je suis pas au courant, il bosse pour la
Mairie et moi pour l'Equipement en contact avec le Conseil Général, tout ce
petit monde se voit au moins tous les deux jours, joue au foot ensemble, se
marie, voire plus, mais impossible de se tenir au courant. Bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit à petit ça pousse, un petit muret d'abord, assez costaud pour résister
simultanément à un cyclone, un tremblement de terre et au crash d'un avion de
combat plein de pétards chirurgicaux. Les locataires du cimetière doivent se
sentir rassurés. Le soir, on en discute. On se comprend pas forcément mais ça
ne gâche rien. Il y a quelques jours il m'attendait impatiemment. Oui j'avais
vu son oeuvre, trois arches de béton dressées dans la journée, pas une
identique, toutes trois aussi jolies que peuvent l'être des blocs de béton armé
fusant vers un ciel nuageux. Et puis il y a eu les balustres. De jolies
balustres de béton de style arabo-rococo, du très rare ici, tellement rare que
depuis que son fournisseur est en tôle pour des arnaques quelconques il sait
plus comment finir sa funèbre muraille. C'est là que le bougre commence à
sacrément me plaire, car il est démerdard en plus. Il récupère de la résine à
bateaux, fait un moule, puis sept autres, colle un gars modérément déclaré
devant qui lui produit huit balustres par jour, et chope un autre chantier en
attendant d'avoir un petit capital de 400 balustres dans son jardinet pour
finir son chantier. Chapeau. En plus il est rassurant, il va rajouter un petit
chaînage de béton bien armé au dessus de tout ça histoire que ça passe les
siècles sans soucis, et me promet d'achever son oeuvre par un barbouillage
général en blanc. Avec un touche de vert sur les arcades. Ca va péter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ah oui, et hier il me voit sortir de chez moi chargé par des pagaies alors
que la tempête fait rage. Il intervient promptement et m'interdit de sortir en
mer pour vérifier l'amarrage du bateau : il ne veut pas &amp;quot;perdre un
ami&amp;quot;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merci l'artiste.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Retour à Moroni</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2006/11/13/Retour-a-Moroni</link>
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    <pubDate>Mon, 13 Nov 2006 15:43:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Voyage</category>
            
    <description>&lt;p&gt;&lt;strong&gt;13.11.2006&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anjouan. Quinze minutes d'arrêt. L’aérogare a commencé à se refaire une
beauté depuis mon dernier passage. Même nonchalance en bord de piste, chantier
langoureux, uniformes variés et bruissement des conversations à l’ombre.
L’équipage attend tranquillement la chargement sous l’aile du petit coucou de
Comores Aviation.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Une belle dame à poids bleus nous accueille à l’aéroport de Moroni en
slalomant entre les diverses formalités d’arrivée. Le taxi providentiel qui
devait nous attendre a manifestement oublié d'apparaître. Attente et
discussions avec vue sur le parking paysager, vide. Performances olympique à
Atlanta, commerciales à Maurice, fort sympathique cette météorologue. L’attente
c’est le voyage, ou bien l’inverse. Moroni et ses habits du soir, à l’heure ou
les commerçants plient boutique, mêlant le chant des cadenas à celui des
mosquées qui font salle comble. A côté de cette jolie placette, le “cybercafé
de l’île” et la “boucherie de l’île” font local commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;14.11.2006&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref passage à l’immigration pour une histoire de visas. On y laisse
quelques francs comoriens et deux passeports. Menues emplettes et retour chez
Nassib, café arabisant où il fait décidément bon de regarder la vie qui
s’écoule. Hopital de Moroni. Une entrée qui tend au magnifique dans un style
qui penchant vers le mauresque, et qui cache bien mal l’enfilade de bâtiments
décrépis qui tient lieux d'hôpital. Personnel accueillant et concerné, moyens
et locaux médiocres. Euphémisme. Ambiance calme, sereine. Une femme passe,
inerte, allongée sur un brancard poussé par quelques soignants. Ismaël, en
seconde année de son cursus d’infirmier d’état, en a encore deux à tirer. Peu
de moyens ici, il confirme, peu de médecins aussi. Quelques gars envoyés par la
coopération chinoise, qui s’est aussi fendue de locaux flambant neuf pour la
néonat ou les urgences. Coopération chinoise ou peut être japonaise, ou alors
celle des Emirats. Enfin pas la coop française en tout cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;15.11.2006&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre heures du mat, réveil rugueux. Si tôt et pourtant le ciel de Moroni
encore si sombre s’emplit de la joyeuse cacophonie de l’appel à la prière de
dizaines de mosquées. Notre guide à beau répondre au nom de “Chauffeur”, il n’a
pas de bagnole. C’est donc un Maalesh encore ému par le rhum de la veille qui
prend le volant, direction le Karthala. J’ouvre la marche en silence, notre
guide, lui, la ferme. Tellement de toiles d’araignées à travers de ce sentier
que j’ai l’impression d’être un bâtonnet de barbe à papa. Sept heures et démis
et deux milles mètres des dénivelé plus tard (légèrement arrondis) on débarque
sur la lune sans véhicule spatial ni porteur. Le cratère est remplis de cendres
qui font un bruit de corn flakes sous nos godillots. L'ascension a été
l’occasion de confirmer les dires d’un explorateur revenu récemment de ces
contrées, signalant la présence de meutes de vaches enragées mangeuses
d’hommes, par l’observation d’indices materiels frais et encore fumants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16.11.2006&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une roussette détrempée est en train de s’enfiler consciencieusement une
mangue pas mure dans ce grand arbre en face de chez Maalesh. Dois-je
intervenir ? Bien ici. Très bien. Etrange. Le panneau tout neuf rappelant
au dessus du port à qui l’aurait oublié que l’île de Mayotte appartient aux
Comores a été démonté. Juste le jour de l’arrivée d’un bateau de la Marine
française. Etonnant. Il se met à pleuvoir violemment. Trempé malgré la
protection d’un petit bout de tôle dans le médina. Quelques gouttes de pluies
récupérées pour mettre un peu de couleur à mes dessins. Pas bien satisfait,
mais les gosses qui s'arrêtent pour regarder aiment bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;17.11.2006&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On reprend la route avec des passeports équipés de tampons tout neufs. Cap
au nord, temps nuageux. Maalesh vient de nous démontrer avec discrétion ce
qu’est véritablement l’hospitalité, un fois de plus. Maaludja, déjà. Ciel bleu,
mer turquoise, sable blanc et cocotiers inclinés selon l’angle adéquat. Bien.
Une angoisse cependant : il n’est pas certain que nous arrivions a avoir
des langoustes pour le dîner de ce soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;18.11.2006&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il pleut, un peu. Julie peste. Trop froid, mal dormi et impossible de se
baigner. J’envisage de m’en plaindre à la direction. Toujours pas de nouvelles
des primaires du PS. Dignes, oui, c’est ça, dignes. Et beaux aussi. Allée de
badamiers en bord de plage, superbe petite mosquée et marché couvert de
Mitsamiouli. Taxi borousse pour M’Béni, petit arrêt pour attendre un passager
largué quelques minutes avant pour éviter d’être taxés pour surchage au passage
du barrage de police. A M’Béni, superbe allée ombragée par des M’Véri de 7 à 8
mètres. On grimpe dans un J5 en état poyen pour boucler sur Moroni. Notre
véhicule est affrété par un jeune pilote de rallyes qui conduit globalement
comme un con. Une fausse feuille d’érable en carton pendouille au rétro, je
préférerai un verset du coran pour l’occasion. La route est en sale état, avec
ses nids de poule qui fleurissent tout au long du trajet, elle risque de
retourner à l’état de piste d’ici la fin de la saison des pluies. Les villages
traversés voient fleurir un peu partout de nouvelles mosquées, immenses
monuments édifiés à la gloire de Dieu et des bailleurs du Golfe. L’île semble
en chantier ou en ruine, c’est selon, avec ces parpaings impudiques qui
s’exhibent, nus, partout dans les villages. Erreur d’aiguillage ou acte manqué,
on se retrouve dans un 4 étoiles, le plus réputé de l’île. Même si dans le
détail ça laisse évidemment à désirer pour ce standing, ne crachons pas dans la
soupe, la douche chaude est bien agréable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;19.11.2006&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alpagué juste après mon café par un gros black trapu aux airs de barbouze
déguisé en homme d’affaires dans son costard trop grand. Il dit me connaître et
c’est bien possible, et confirme mon premier sentiment : il fait partie de
la garde rapprochée du président. Il aimerai bien que je lui déniche un holster
pour planquer son pétard sous sa veste, je le rembarre très poliment. On quitte
l'hôtel encadrés d’une haie d’honneur de portes flingues, suivis de près par un
prince koweitien en goguette dans le quartier. Taxi pour Dzahadjou. Ali Hamed,
qui dirige notre équipage, s’est fait usurper sa nationalité française au temps
où il était “gavroche”. Né de mère malgache et de père comorien avant les
indépendances, mais mal informé par le consulat, il n’a pas fait les démarches
nécessaires à l’époque. On file vers le sud en discutant de Sohili, un des
leaders post-indépendance assassiné un peu précocement, qu’il compare à
Charlemagne. Pourquoi pas. Quelques heures dans la famille de Chakila,
magnifique dialogue de sourd avec sa grand mère volubile, puis je retrouve par
hasard Ali et son taxi pour un retour rapide. A la radio, un zouk endiablé
appèle à la fin de l’occupation française de Mayotte et à son retour dans le
giron Comorien. Un peu après le rond-point Caltex une échoppe rappelle sur sa
large enseigne “le gout étrange de nos désirs”. Fermée. Je laisse mon esprit
divaguer sur son improbable contenu. Pas mal d’annonces pour des postes en ONG
en ce moment, il y en a un pour le projet “développement des capacités des OCBS
et promotion du volontariat en tant que modèle d’implication des communautés
villageoises pour la réalisation des OMDS”. Sans doute un poste de traducteur.
RFI en grève, toujours pas de nouvelles du PS. Le sac est prêt, plein de ce je
ne sais quoi de plus. Ca pue le départ. Un peu court, il me faudrait juste
quelques mois de plus ici. Dernier coucher de soleil sur Moroni. Concert puis
repas avec Nawal et son groupe. Beau. Allongés sur le carrelage frais de sa
terrasse, on devise tranquillement avec Maalesh sur le devenir de l’archipel,
l’avidence de l’unité culturelle, le fossé du développement et le jeu douteux
de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;20/11/2006&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retrouvailles avec notre charmante météorologue, petite visite et dernière
discussion politique avant de retrouver l’apathie du débat mahorais. A
l’embarquement tapis rouge, plus pour le président Sambi que pour nous
vraisemblablement. Passage de la douane française aussi cordial qu’un
interrogatoire de la police militaire d’un quelconque république bananière. A
la sortie une grosse dame dort allongée sous un panneau “Karibou maoré”.
Dialogue entre le chauffeur blanc du taxi et son passager maohrais. Le
client : vous venez d’où ? Le chauffeur : de Cannes. Le
client : ah oui en bretagne ! (...) Le client : et vous savez
jouer à la pétanque alors ? Le chauffeur : évidemment, j’ai fais cinq
ans d’armée moi !&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>8602</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2006/08/28/8602</link>
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    <pubDate>Mon, 28 Aug 2006 10:57:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Mayotte</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;8602 c'est le nombre d'expulsions de clandestins effectuées depuis le début
de l'année. Barrages routiers et rafles au petit jour se multiplient dans
l'île. Tout est bon pour atteindre les objectifs fixée par un ministre de
l'Intérieur connu pour sa parfaite connaissance du contexte mahorais, quitte a
froisser quelque peu les textes en expulsant notamment des enfants
scolarisés... Quitte aussi a oublier qu'une bonne partie de ces 8602 personnes
sont déjà de retour sur l'île, en prenant des risques de plus en plus
importants du fait du renforcement du contrôle en mer. Mais il faut faire du
chiffre, le reste importe peu, politique migratoire et coopération régionale se
résument dès lors à la mise en place d'une chaîne logistique...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.dixit.net/public/Mayotte/R0012635.png&quot; alt=&quot;R0012635.png&quot; /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Tsoundzou 1</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2006/08/27/Tsoundzou-1</link>
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    <pubDate>Sun, 27 Aug 2006 11:29:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
            
    <description>    &lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.dixit.net/public/Mayotte/tzo1.JPG&quot; alt=&quot;tzo1.JPG&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyage de proximité. Quelques pas dans le coin, retrouver ce bidonville avec
vue imprenable sur le lagon. Toujours des découvertes dans ce quartier connu,
sous le regard d'inconnus, de gens beaux, encore.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>23 ème course de pneus à Mayotte</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2006/07/01/23-eme-course-de-pneus-a-Mayotte</link>
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    <pubDate>Sat, 01 Jul 2006 13:32:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Mayotte</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;700 gamins et presque autant de pneus usagés se sont élancés hier dans les
rues de M’Tsapéré. Joie d’un carnaval populaire aux allures de défi sportif à
peine gâché par quelques gouttes de pluie… Il y a eu des gagnants bien sûr,
mais du spectacle surtout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.dixit.net/public/Mayotte/pneus.jpg&quot; alt=&quot;pneus.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>à Moroni</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2006/08/26/a-Moroni</link>
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    <pubDate>Sat, 15 Apr 2006 22:57:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Voyage</category>
            
    <description>&lt;p&gt;15/04/2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pamandzi. L’aéroport s’estompe sous le voile de pluie qui l’enserre. Les
badamier cèdent sous les bourrasques. Les sacs sont en soute, l’avion attend
une hypothétique accalmie pour prendre son élan. J’attends au sec en regardant
la pluie tomber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques heures sur un banc. Vingt minutes enfermés dans un bus pour faire
cinquante mètres, mais le départ à l’air imminent. J’ai faim.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Et non. Un petit quart d’heure de plus coincés dans ce bus hors de propos au
pieds de l’avion, et on repart. On laisse en plan l’équipage sur place. Ils ont
l’air franchement désespérés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour en salle d’attente. Je récupère une carte d’embarquement au nom de
Cannelle. Charmant. Il paraît qu’il pleut aussi à Anjouan. L’orage aurait donc
passé la frontière sans intervention de la PAF, étonnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est reparti. La même en mieux, je rentre peu à peu dans la peau de
Cannelle P., et on embarque. Enfin, on embarque dans le bus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sympa ce coucou à hélices. Occasion en bon état général, fauteuils en simili
cuir, et contrôle technique OK. Enfin j’espère.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas fini de survoler le lagon que déjà le repas arrive. Un bonbon. Rouge. Ça
va sûrement aller bien mieux. Pas le temps de le finir qu’on amorce la
descente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Anjouan . Son aéroport en ruine et ses montagnes vertes aux orteils qui
trempent dans l’Océan Indien. Quelques gars sur le toit, des tonnes de gravats
et des rideaux fermés à la tour de contrôle. Notre avion repart sur Mayotte
chercher sa cargaison de clandestins qui ont gagné un retour gratuit à la
loterie sarkosienne. On attend qu’il veuille bien repasser dans le coin pour
filer sur Moroni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vieux zinc rutilant – un dakota je crois – de l’armée Sud Af vient
déposer quelques cartons, deux groupes électrogènes et une poignée
d’encravatés. Ils sont chargés surveiller les élections et de mettre un peu
d’ambiance sur ce tarmac morose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des hommes jeunes, surtout, quelques femmes et des enfants, aussi. Sans
bagages, un papier à la main et un sourire aux lèvres. Plaisir d’un retour
imprévu parmi les siens, soulagement de sortir des tenailles de la chaîne
logistique de la PAF ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des urnes transparentes attendent patiemment le grand jour. C’est pour
demain. J’ai faim. Les urnes partent en hélico, le président arrive en
berline.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16/04&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Sarah market, et vos courses sont faites ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit dej chez Nassib, presse locale et oranges pressées. Tranquille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Magasin Gard du Nord »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moroni. Impossible de se perdre vraiment dans cette Médina. Mais très envie
d’y perdre du temps. Déjà mal au bide à cause de l’anti palu. Et pas encore
croisé un moustique un tant soit peu crédible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Service coup bas, alimentation générale et d’ivers
articles »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zouma, 9-10 ans, sur le quai : « je dois aller à Mayotte parce
qu’il n’y a pas de souffrance. À Mayotte on trouve à manger, ici on ne trouve
pas… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un vraquier abandonne quelques milliers de sacs de ciment sur l’île. Sacs
importés d’Inde, ornés d’une tête de lion : « The King of the
Concrete Jungle ». Une noria de vieux boutres en bois viennent récupérer tant
bien que mal les sacs pour les porter à terre. Monstre d’acier et frêle
multitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17/04&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques fringues sur un peu plus de cintres, deux coffres-forts en ruine,
des liasses de billets multicolores et un vieux djiboutien souriant et
minuscule dans sa chemise blanche. Djibouti store, change et divers
commerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier, soirée électorale chez Nassib. TF1 en fond sonore, c’est encore son
meilleur usage, et les portables qui donnent les dernières nouvelles du premier
tour d’Anjouan. Selon des sources bien informées, journée à peu près calme et
large avance de Sambi, dit l’Ayatollah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma voisine de gauche dans le minibus se tape une bonne moitié de mon sac sur
ses genoux. Mon voisin de droite, lui, dort affalé sur mon épaule. Tiens, on
vient de crever. Le chauffeur règle vite fait ce petit détail et s’essuie le
visage transpirant avec son chiffon plein de cambouis. On parle un peu
politique sur le bord de la route. Sambi à l’air de recueillir tous les
suffrages, au moins pour l’échantillon représentatif constitué des occupants de
ce bus. Livre Saint contre livret d’épargne…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mitsamiouli. Le Galawa. Le sable blanc fait la course avec les coulées de
roche volcanique noire pour atteindre le premier les eaux claires de l’océan.
Quelques palmiers observent ce manège avec retenue. Et cet immense hôtel de
luxe qui fait silence. Lui aussi attend un nouveau président. Impatiemment. Un
peu plus loin une traînée de bungalows à deux tongs de la plage. Personnel
aussi pléthorique que souriant, douche, clim et assainissement autonome aux
normes. Locales. Et toujours pas d’autre estivant perdu dans le quartier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas si fermé que ça cet hôtel de luxe. Les gardiens qui hantent le manoir
viennent de me proposer une suite tout confort à un prix défiant toute
concurrence. La prochaine fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toujours personne dans la salle à manger. Juste une bougie solitaire
intimidée par la nuit. Pas de nouvelle du groupe électrogène, encore moins du
repas. J’ai faim moi. Prêt à manger à la frontale s’il le faut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18/04&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’eau à 33 degrés et la bière fraîche. À temps plein ça doit être chiant le
paradis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marche couvert de Mitsamiouli. Sur les étals quelques femmes allongées, des
tranches de thon et des milliers de mouches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ikoni, à l’heure de la prière. Deux petites mosquées à l’ombre d’une
troisième, immense et magnifique. Chantier démesuré au cœur du petit village.
Chantier à l’arrêt, les ouvriers attendent une paie qui se laisse désirer. Pas
un mais deux minarets, tout confort, avec vue sur la mer. L’un est d’un jaune
brillant, l’autre est encore hérissé d’échafaudages de bois. Quelques échanges
adossés contre un mur avec les vieux du village. Sourires et calme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Empli de sérénité dans cette maison. Quelques airs de gratte et le bruit des
jouets des gosses. « Choisir un homme qui mentira à Dieu, pas un qui
mentira aux hommes. » Musique et paroles de paix chez Maalesh, de rage
aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19/04&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Odeurs de petit matin ce matin. Le soleil n’est pas encore levé que déjà je
marche, sac à dos au dos, vers le port pour attraper un taxi. La mer est comme
une langue blanche qui pénètre la vieille ville. J’en fais un peu trop ce
matin… Nassib est encore fermé, ce qui ne m’empêche pas d’avoir faim.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit café en vitesse et cap sur volo-volo. Le marché se réveille doucement,
mais il a quand même pris une belle avance sur moi. Les petites affichettes
photocopiées du prédicateur commencent à fleurir. Le profil du bonhomme en
inquiètera plus d’un en occident. Dommage qu’une bonne moitié du monde ne
comprenne décidément rien à l’autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de sucre pour mon café à l’aéroport. Pour me rendre la monnaie la
serveuse vite le contenu d’une boîte de sucettes sur le comptoir, récupère
quelques pièces puis les lave avant de me les tendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une vraie forme de sincérité ici. Mayotte en vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pamandzi, puis la barge, à nouveau… Fin du voyage ?&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>la case SIM, vie d'un modèle d'habitat adapté</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2006/02/15/la-case-SIM-vie-dun-modele-dhabitat-adapte</link>
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    <pubDate>Wed, 15 Feb 2006 18:54:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Urba / Archi</category>
            
    <description>&lt;p&gt;Tsoundzou 1, 11 décembre 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.dixit.net/public/Mayotte/laCaseSIMcouv.jpg&quot; alt=&quot;laCaseSIMcouv.jpg&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;Un gosse me salue en passant, du haut du
plateau de cette camionnette qui me double. « Bonjour Sylvain !» Enchanté,
je me demande d’où il me connaît. 6-7 ans, un sourire splendide et des fringues
un peu crades, le portrait craché de la moitié des gosses que je croise tous
les jours dans les quartiers pourris où je traîne mes tongs oranges. Et moi qui
sue sang et eau en courant le long de la route par ce début de soirée moite de
saison des pluies…&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;« La course comme alternative à l’alcoolisme en climat tropical »,
certainement un bon sujet de mémoire. En tout cas, ça met quelques idées au
clair. Je pensais à cette discussion avec Léon Attila Cheyssial, sur
l’urbanisme et la singularité de ce métier. L’urbanisme comme une guerre. Une
guerre avec ses batailles gagnées ou perdues, et une ligne de front qui, au
final, s’écarte des plans stratégiques initiaux. L’écart entre l’esquisse et la
réalisation. Des troupes éparses et diverses – acteurs privés, publics,
politiques, habitants, techniciens – des alliances plus ou moins objectives,
quelques trahisons, des rangs enfoncés faute de combattants… Et pour
l’urbaniste la double nécessité d’avoir la volonté de se battre et d’accepter
les défaites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mayotte est un champ de bataille singulier. Dans une île peuplée de
fonctionnaires d’Etat qui connaissent leur date de départ dès leur descente
d’avion, d’élus locaux mal outillés par une décentralisation qui peine à se
mettre en place, de techniciens privés parfois plus intéressés par la pêche au
gros et la plongée que par les spécificités de la culture locale, le champ est
libre pour le laisser-aller et la médiocrité. Et pourtant cette île est aussi
le lieu des singularités, des individus conscients et agissants. Quelques
poignées de passionnés, parfois brillants, qui ont marqué ce bout de terre de
leurs initiatives, de leurs idées, de leur créativité. Les pages qui suivent en
témoignent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mayotte donc, bout de France du bout du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une petite île de l’archipel des Comores, coincée entre Madagascar et les
côtes africaines. Un petit point noir sur la carte, un point dont l’épaisseur
est le fait de la gentillesse des cartographes de l’IGN, plus que de sa
véritable importance. Une petite île donc, d’un peu moins de 400 km2 à plus de
8000 km de la France métropolitaine. Une île magnifique aux côtes découpées,
bordée d’un immense lagon et soumise au climat tropical, avec ses fortes
pluies, ses cyclones, ses chaleurs et ses moustiques…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le hasard faisant bien les choses - il n’a que ça à faire - cette île est
aussi pour moi le lieu de la rencontre avec un bureau d’études et son
directeur, trois petits jours seulement après mon débarquement sur le tarmac
surchauffé de l’aéroport de Pamandzi. Une structure aux contours parfois flous
intervenant autant dans le suivi social des opérations que dans la conception
urbaine, parfaitement en accord avec ma double formation. Une structure qui
laisse aussi prendre aux individus la place qu’ils veulent bien prendre. Ça
tombe bien. Observateur et acteur. Observateur patient, et acteur conscient et
agissant. Enfin, qui cherche à l’être.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Observer pour comprendre. Tenter de comprendre le fonctionnement d’une
société marquée par un métissage aussi riche que complexe, la douceur d’un
islam africain, et les profonds bouleversements initiés par la France depuis la
fin des années soixante-dix. Une île qui subit plus qu’elle ne vit ces
transformations radicales : explosion démographique, urbanisation
incontrôlée, monétarisation rapide de l’économie, chômage, immigration
clandestine massive, bouleversements réglementaires… Un morceau d’Afrique qui
voudrait bien être en France, mais sans trop savoir pourquoi. Les petits
drapeaux européens qui bordent avec humour les plaques d’immatriculation n’y
peuvent rien, Mayotte est aussi africaine, belle et sincère, et elle le
restera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un temps du moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, au détour d’une rue qui mériterait bien un petit coup de neuf, une
case colorée, une case SIM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un étrange objet qui dépasse largement son seul sens architectural, pour le
moins pauvre. Objet social, objet urbain, alors pourquoi pas objet
d’étude ? Ce petit sucre rectangulaire, doté de deux ou trois pièces aussi
simples qu’anonymes, surmonté d’un modeste toit de tôle, et posé sur un
mouchoir, occupera donc mes nuits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un objet à part, fruit des expérimentations de la Société Immobilière de
Mayotte (SIM). Plus qu’un objet, c’est une démarche particulièrement créative
et innovante qui a fondé la politique d’habitat social à Mayotte. Une démarche
qui a su répondre de façon adaptée aux besoins massifs d’une population pendant
près de deux décennies, redessinant la paysage urbain de l’île. Une démarche
qui marque aussi le pas depuis quelques années.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors pourquoi ? Quelles leçons tirer du travail de la SIM dans le
logement social ? Comment aujourd’hui tirer de cette expérience les moyens
d’offrir des logements adaptés aux mahorais dont les modes de vie sont
profondément bouleversés ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d’en venir au cœur du sujet, un détour de quelques pages permettra de
planter le décors. Une approche de la situation sociopolitique de cette île
particulièrement complexe d‘abord, avant d’exposer les fondements des modes
d’habiter mahorais et leur évolution. La démarche qui a mené à la mise en place
de cette politique d’habitat social sera ensuite exposée, un moyen d’en tirer
les leçons et de tracer des perspectives dans une quatrième partie présentant
un essai de conception de nouvelles cases sociales destinées à un contexte
urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que des pages, c’est du temps et de l’expérience qu’il me manque pour
apporter une réponse définitive à toutes ces questions. Je me contenterai donc
d’apporter quelques modestes pierres à l’édifice. Un moyen comme un autre de
saluer, bien bas, ceux qui ont posé les premières.&lt;/p&gt;</description>
    
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      length="10330889" type="application/pdf" />
    
    
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    <title>Nuit noire</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2006/02/13/Nuit-noire</link>
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    <pubDate>Mon, 13 Feb 2006 14:14:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Mayotte</category>
            
    <description>    &lt;p&gt;D'un bout à l'autre du continent, elle s'étire la nuit africaine. Sombre et
accueillante, comme cette ruelle faiblement éclairée par quelques lampadaires
timides, quelques enseignes modestes. Les feux d'une voiture éclairent
péniblement la poussière moite qui brouille la vue, adoucit l'image. Et ces
ombres. Noires encore, assises à l'entrée des maisons, courant dans la rue. Et
ces bruits. Ces bruits surtout qui ne sont qu'à la Nuit Noire. Ces cris, ces
paroles, ces chants. Un transistor qui s'emmerde à parler de foot, les coups
sourds d'un marteau qui se reposerait bien, une télé solitaire qui gémit
doucement, et toutes ces voix qui fusent dans la chaleur, qui pénètrent si
profondément les corps.&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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    <title>Mada, premiers pas...</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2005/12/28/Mada-premiers-pas</link>
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    <pubDate>Wed, 28 Dec 2005 00:03:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Voyage</category>
            
    <description>&lt;p&gt;Avertissement : Certains passages sont inspirés de faits réels&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;28/12/2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le temps de traverser le tarmac sous un soleil de plomb, de passer une
douane bordélique à souhait et la pluie s’abat en torrents sur le petit
aéroport de Nosy Be. On attend que ça passe avec un taximan loquace. Il ne
gueulait pas plus fort que les autres lors de l’émeute de sortie, il est juste
équipé d’une 305. Excellent choix. Étrange comme mes voyages ont tendance à
débuter par du goudron chaud et une banquette défoncée de 305. Souvenirs de
Ouagadougou.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Hôtel des plus corrects, excellent repas et sieste. Tiens, ça aussi c’est
une constante. Et Lieve Joris qui m’accompagne encore. Elle dit bien les doutes
qui assaillent le voyageur le plus aguerri lors de ses premiers pas sur une
terre inconnue. Ça dure bien un quart d’heure ici. Envie de ralentir mon pas,
de me perdre dans ces rues, déjà.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;29/12&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quitté l’île au matin - pas au petit matin – sans même jeter un œil à ses
plages que l’on dit magnifiques, sans même y penser. Une coque surmotorisée
entre deux rafiots rouillés, et on file vers la Grande Ile. Quelques barques de
bois aux voiles carrées, des villages de palmier accrochés au-dessus des flots.
Taxi collectif. Trois devant, cinq derrière, et trois dans le coffre. Entassé
dans le coffre contre ma voisine. Jolie voisine. Un minibus de plus vers Diégo
Suarez. Diégo, l’impression que cette ville m’attend. Ou l’inverse. Un
chauffeur, italien sans doute, gueulant à l’arrêt, hurlant sur la route. Le
paysage défile pendant des heures. Plateaux plantés d’arbres du voyageur,
d’eucalyptus et de zébus… Arrêt aux stands dans un bled dont j’ai déjà oublié
le nom. Un gosse me vend quelques madeleines, puis finalement m’offre celles
qui lui restent. Sourires. Bien ici. Diégo s’avance. 30/12&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le petit hôtel se refait une beauté, mon thé en profite pour se parer d’une
agréable odeur de peinture fraîche. Une calme frénésie a envahi le personnel
pléthorique qui gratte tranquillement tout ce qui dépasse et le badigeonne de
blanc, ou à l’occasion de jaune. Un chien ronfle sur le trottoir d’en face. À
la banque, même ambiance effrénée. Seuls les brasseurs d’air s’agitent dans la
tiédeur, mais à tourner continuellement en rond, ils ne vont pas bien loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Diégo m’enfonce dans sa torpeur. Les avenues au bitume écorné sont si
désertes qu’elles en paraissent immenses, troublées parfois par quelques 4L
jaunes qui sillonnent la rue en jouant au taxi. Elle paraît vide cette ville,
vidée plutôt, comme si tout le monde avait soudainement fuit pour partir aux
sports d’hiver. Peu de chances pourtant. Du passé colonial il ne reste que les
murs, qui s’effritent tranquillement, et ce silence à peine troublé par les
percus de ces jeunes qui attendent assis sur un trottoir, les joues gonflées de
khat. Mais qui attendent quoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’hôpital bruisse des mots des femmes qui papotent dans la cour. Une bâtisse
à la beauté passée, comme délaissée pas ses riches amants. Entre les blocs à
moitié en ruine, une tour de béton tente péniblement de surgir. Magnifiques
échafaudages de bois. Clocher de chapelle ou plus vraisemblablement citerne
d’eau, qu’est-ce qui serait le plus utile ici ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me faufile derrière une immonde barre de béton, inachevée pour moitié,
squattée pour l’autre, et j’accède enfin à la mer. Quelques gars qui réparent
des barques de bois, odeurs des peintures, des colles et des goudrons mêlées.
31/12&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jour de pluie. Une pluie continue, sans instant de répit. Sale temps pour la
rando. Tant pis. Un vrai chemin de croix dans la boue glissante, emballé dans
un imper jetable qui me donne l’étrange impression de me balader dans un sac
poubelle avec un logo de la ville de Paris dans le dos. Lieve Joris parcourt
Brazzaville rongée par la guerre, j’achète un magnifique imperméable jaune à un
Indien. Les rues sont encore plus vides qu’hier, mais au marché la vie s’anime.
Entre les flaques, les étals se protègent comme ils peuvent des torrents qui
surgissent du ciel. Musiques, cris, sourires, la vie est là. Au fur et à mesure
la ville se délite, abandon et misère. Et moi comme un con planté au milieu de
la rue silencieuse dans mon discret imperméable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’avenue principale explose dans un joyeux feu d’artifice de klaxons et de
phares. Un cortège de véhicules excités parade : 4L jaunes surchargées,
camions surmontés de grappes de jeunes en furie, 4x4 rutilants rehaussés
d’Indiens hurlant sur leurs toits. Le réveillon, minuit. Ici comme
ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1/01/2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les coups précédents sous la 4L étaient plus discrets. Là, les faits
s’imposent : le pot est finalement tombé. Petit arrêt. Quelques coups
lestes pour détacher ce qui reste et je me retrouve avec un pot d’échappement
tiède sous les tongs. On repart sur la piste défoncée à fond de seconde, en
faisant le bruit d’un avion de chasse. Un makis gambade joyeusement dans le
bistrot. Il se pose sur le comptoir, fait mine d’admirer le paysage, se penche
légèrement en avant et se gratte consciencieusement le cul sur le goulot d’une
bouteille de sirop. 2/01&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arche rougeoyante des flamboyants au-dessus de la piste. Lumière chaude d’un
soleil qui a finalement décidé d’aller se coucher. Perdu en brousse. Enfin non,
je suis persuadé que c’est la bonne route, mais je commence à être de moins en
moins crédible. Je commence même à avoir du mal à m’en convaincre. Un vieux
passe et explose de rire quand on lui demande notre chemin. On est juste à
côté. Enfin, de la première étape. Le bled est à 10-15 bornes et le jour peine
vraiment à se maintenir. Un 4x4 de sauveurs modestement déguisés en touristes
blancs passe opportunément. Bien 5 kilomètres de gagnés. Au goudron ils nous
relâchent. Nuit noire et pluie battante. Quelques longues bornes plus loin
c’est une 4L qui prend pitié. Un vazaha fourré au khat qui fait commerce de
bijoux. Manière élégante de se présenter comme petit trafiquant de pierres
précieuses. Tiens, le village, apparu par surprise. La coupure d’électricité du
soir l’avait rendu bien discret…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas 20 ans, belle comme un cœur. Lui la quarantaine, gros et blanc. Ils se
font chier au resto tous les deux, mais repartent quand même ensemble.
Charmant. Lieve vient d’arriver à Kisangani.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3/01&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu serrés quand même. La tête et un bras qui prennent l’air par la
fenêtre, une fesse tassée dans le cendrier de la portière. On n’est pourtant
que quatre sur la banquette de cette 504, mais la dame en rouge compte double.
La portière s’ouvre. Cinq maintenant. Franches rigolades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Joffreville. Bienvenue au bled. Cases créoles aux peintures écaillées, aux
tôles envahies par la rouille. Une grande avenue vide et inutile qui ne
débouche sur rien, un immense bunker néo-kolkhozien perché sur les hauts,
peuplé de fantômes. Fantômes d’une autre époque. Deux spécialités ici :
les litchis et la pluie. C’est la pleine saison pour les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4/01&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journée rando en compagnie d’une guide aussi obligatoire qu’agréable. Elle
est équipée de petits souliers blancs, des ballerines aux semelles aussi
adhérentes qu’une poêle Tefal. Ça promet d’être sportif. J’apprends que le
fromager doit son nom à l’usage qui était fait de son bois : la confection
de boîtes de camembert. Sans doute un des « aspects positifs de la
colonisation.» 20-25 bornes au cœur d’une forêt plus si primaire que ça.
Sentiers boueux sous les clameurs de hordes d’oiseaux qui imitent parfaitement
des sonneries de téléphone portable. Magnifique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15h30. En une heure, on a du faire 200m dans cette 504. Quelques gars
s’excitent mollement sur le toit pour accrocher quelques centaines de kilos de
bananes de façon à peu près cohérente. Et nos sacs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Départ à neuf. Plus un bébé. Heureusement, les bananes, c’est comme les
Marseillais les dimanches soir d’hiver : ça descend de la montagne pour
rentrer à la ville. A la montée cette vieille ruine serait incapable de tirer
tout ça. Drôle de bruit. Petit arrêt, juste le temps de revisser la roue qui
était en train de se barrer. Le chauffeur enlève un écrou à l’avant pour le
mettre à l’arrière, ça tiendra bien 10 km.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non. Deux en fait. La roue arrière vient de crever. Tout le monde descend,
sauf les bananes ; un biberon se prépare et on récupère quelques litchis.
Impossible de trouver le cric. Il nous reste une demi bouteille d’eau et
plusieurs années de bananes. Le soleil se couche, il en a marre et moi un peu
aussi. Un siège se prépare.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un cric tombe du ciel, en faisant quelques rebonds élégants sur le bitume.
Sans doute un avion d’une low-cost en train de changer son train
d’atterrissage. On repart avec deux écrous qui tiennent la roue de secours. Les
deux autres n’avaient à l’évidence qu’une fonction esthétique. A fond dans le
faux plat de la nationale, moteur éteint, on fait bien du 15 par instants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;19h. Diégo Suarez. 30 bornes en 4h30, c’est pas si mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5/01&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques tôles accrochées péniblement à des bouts de ruines, un terrain
vague peuplé de minibus et de 404 bâchées : gare routière de Diégo Suarez.
Doucement, très doucement le véhicule se peuple, la galerie se garnit. Presque
dérangé par le démarrage. Barrage en sortie de ville. Des soldats tutsis. Non,
je me trompe de roman. L’armée tout simplement. Agitation. Nouveau barrage.
Troisième. Encore un ? Non, juste un arrêt en rase campagne. Trois gars
nous rejoignent à pied. Pour tout dire on était parti un peu chargés – comme
souvent – alors avant d’arriver au barrage des flics installé – comme
d’habitude – dans le virage, le chauffeur a largué les passagers surnuméraires
qui nous on rejoint – comme tout le monde – en coupant par la colline.
Chauffeur ça doit être un boulot d’appoint pour lui, il doit être humoriste
dans sa vraie vie. Quand ce minibus prévu pour 14 a accueilli son 27eme
passager, un vieux tube est passé dans l’autoradio : « collés et
serrés… »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6/01&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ça fait bientôt 300 km que nous avons entamé la traversée de cette putain de
forêt. Un sentier mal foutu, qui sillonne entre les arbres, un truc sans fin.
Les trois soldats katangais de l’escorte commencent à peine à se dérider. 15 ou
16 ans, pas plus, armés d’un fusil mitrailleur et de quelques grenades. Moi je
suis équipé de mon jetable numérique Sony et de mon dangereux Opinel n°8 inox
avec manche en olivier. Les steaks de zébu tremblent à son approche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un gars passe avec un T-shirt de Ben Laden en poussant son vélo. Sa fille le
suit en tenant en laisse un bébé hippopotame de 200 kg avec une ficelle. Un
jeune Allemand timidement gauchisant me gratte une clope. Le pisteur est outré,
il pourrait en avoir. Je lui explique cette vieille tradition de collaboration
franco-allemande qui remonte aux années 40.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journées de marche harassantes, harcelés par les moustiques. J’ai peur du
palu, alors j’ai casé huit ##caisses## canettes ?? de Tonic au fond de mon sac
– pour la quinine – et deux bouteilles de gin pour aller avec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces odeurs fortes, ces bruits profonds, cette lumière qui diffuse au travers
des hautes cimes des arbres centenaires… je pourrais me rapprocher de l’esprit
de la forêt si ce putain de pisteur ne passait pas son temps à faire des
commentaires dès qu’on croise un lémurien ou une écrevisse. « Le cri du
perroquet casse le silence de la forêt ». L’espoir soudain qu’il a un éclair de
lucidité, mais il embraye immédiatement sur la vie et l’œuvre du perroquet
noir. Edifiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a beau faire des kilomètres, on a nos habitudes. Tous les soirs on boit
un coup dans le même bistrot. La première fois, ça surprend un peu. Il faut
traverser une parcelle éclairée du seul halo de la lampe de poche qui commence
à peiner. Un gars rentre dans la case silencieuse et soudain tout s’illumine au
chant du groupe électrogène. Un volet claque et trois gars manifestement en
planque à l’intérieur apparaissent, en train d’astiquer des verres. Une
bouteille surgit au milieu de la table et des clients sortent par magie de la
pénombre. Tout autour, une vingtaine de gosses pour admirer le spectacle. En
repartant je me retourne, pour vérifier que tout ne retombe pas subitement dans
la nuit, pour m’assurer que les clients ne sont pas des figurants recrutés pour
l’occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin de rando. Affalé sur un banc au bord de la nationale dans ce bled sans
eau ni électricité. De l’autre côté de la route, deux gars testent les
sonneries de leurs téléphones. Lieve a quitté Kinshasa et je referme son livre.
Au repas on finit les restes d’une vieille poule qui devait juste être en
maternelle à l’époque coloniale. Nos amis allemands ont disparu, sans doute
évacués par la Luftwaffe, personne pour finir les restes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7/01&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retrouvailles avec le crooner italien de 120 kg qui fait chauffeur de
minibus entre deux tournages de westerns spaghettis. Musique arabe et paysage
qui défile sans se fatiguer. Bien ! Mais soudain mal du pays. Les larmes
aux yeux. Retour de la musique malgache, souvent à forte teneur politique,
inspirée par la misère dans laquelle est maintenu le pays par le système
néocolonialiste entretenu par les multinationales. Le thème principal cette
année a été le string : couleurs, textures, motifs…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatre à l’avant, sans compter le nounours du rétro, et quatre à l’arrière.
La vieille 4L entre en piste pour 30 km de grand spectacle. La charmante
voisine qui se colle à moi offre généreusement ses sourires. Le reste semble
tarifé mais néanmoins très accessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour à l’hôtel. La nuit est déjà lourdement tombée. Au loin une clameur,
des chants qui sonnent comme quelque chose de familier. Au bout de la rue une
assemblée d’hommes, sous le halo d’une ampoule nue, qui chantent en cœur. Un
daïra. Des hommes en cercles qui rythment la nuit de leurs seules voix, de tout
leurs corps. Un même peuple comorien, les frontières n’ont plus de sens dans
l’ailleurs, dans la foi. Une peuple uni et beau dans le rituel de cet islam
doux, sans doute plus africain qu’arabe. Bien là avec mon petit bonnet sur la
tête au cœur de la nuit sombre. Bien avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8/01&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Accident pneumatique. Sur dénonciation des voisins un gars en fauteuil
roulant marqué « propriété de la CPAM de Béziers » est immédiatement
arrêté. Sommé de vider son sac il en sort une pompe à vélo et quelques outils.
Tout le nécessaire pour réparer cette crevaison stupide. Le vélo est maintenu
sur le dos malgré ses réticences, et démonté en moins de deux sur le bord de la
chaussée. À la fin de l’opération, l’expert local sort un magnifique
« réveil-calculatrice » de son fatras et me le colle avec pour
mission de veiller aux 20 minutes de séchage. Ça c’est du service public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C’est beau un champ de cannes sous un ciel nuageux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9/01/2006&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les derniers rayons du soleil repeignent de jaune la mosquée un peu
défraîchie. Une petite épicerie au bleu délavée, cette femme qui fait la
vaisselle par terre, une boisson fraîche au goût insoupçonnable, des rideaux
aux fenêtres de cette case en tôle rouillée, ce gars armé d’un vieux métrix qui
fume mes clopes, deux femmes sur un bac qui papotent, le taxi 422 qui traverse
la rue défoncée, quelques enfants qui piaillent, un vieux qui attend l’heure de
la prière… Et moi, là, silencieux, mon cahier sur les genoux, dans cette rue du
quartier comorien qui prend peu à peu ses habits du soir&lt;/p&gt;</description>
    
    
    
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  <item>
    <title>Et la France outre-mer s’endort en silence</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2006/08/28/Et-la-France-outre-mer-sendort-en-silence</link>
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    <pubDate>Thu, 17 Nov 2005 17:45:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Mayotte</category>
            
    <description>&lt;p&gt;La fumée pique les yeux. Le feu, encore, dans une banlieue française. Pas
une bagnole de plus qui s’apprête à grossir ces chiffres qui servent tous les
matins à jauger le climat social français. L’automobile embrasée, nouvel étalon
de mesure des tensions sociales d’une presse autiste. Non, pas une bagnole.
&lt;img src=&quot;http://www.dixit.net/public/Mayotte/DSC01968.jpg&quot; alt=&quot;A Tsoundzou 1, on décase en silence&quot; style=&quot;float:left; margin: 0 1em 1em 0;&quot; /&gt;Un amas de bois et de tôles, des lambeaux
de tissus, une affiche publicitaire, une bassine en plastique et un bout de
clôture en bambous ; les restes d’une case dans le godet d’un tractopelle
qui s’en va finir dans les flammes d’un feu qui cache bien sa joie. Des maisons
de tôle qui s’effondrent une à une sous les coups des engins, sous les efforts
silencieux de ces familles aux regards hésitants et aux visages fermés. Le
fracas des marteaux et des bulldozers qui résonne sous le soleil tenace de
cette saison chaude qui commence. Qui commence à peine.&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;A Tsoudzou 1, à Mayotte, cette petite île de l’océan indien au statut
hésitant mais bel et bien française, on décase en silence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plusieurs dizaines de familles installées entre la mangrove et la route
nationale sont en train d’être expulsées, sans solution de relogement.
Certaines issues du mouvement d’immigration clandestine en provenance des
autres îles de l’archipel des Comores, d’autres nombreuses, installées ici
depuis plusieurs générations. Une fois n’est pas coutume, mahorais détenteur de
la nationalité française et clandestins sont traités à la même enseigne. Pas la
plus glorieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La zone est soumise a des risques d’inondation. C’est vrai, là comme
ailleurs. Là comme dans une bonne partie des autres quartiers de Tsoundzou, là
comme dans la plupart des villages mahorais construits en bord de mer, et que
l’on laisse en paix. Car surtout la route doit passer. Elle doit passer là.
Alors on taille large, très large. La menace avait pointé son nez, il y a
plusieurs mois déjà, sous la forme sympathique d’un avis d’expulsion. Un avis
sans appel, l’Etat s’estime ici chez lui. Pas de recours possible pour ces
familles. Pas de relogement non plus. Entre une politique du logement social
minée par des décisions à courtes vues, et l’incapacité des pouvoirs publics à
mettre en place une politique foncière digne de ce nom, il n’y a pas de place
pour les décasés de Tsoundzou 1. Le décasement, une version tropicalisée de
l’expulsion, les timides protections métropolitaines en moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi le bout de papier des précédents mois a pris un tour terriblement
réel. Une injonction à quitter les lieux avant le lendemain, appuyée par des
gendarmes mobiles en tenue anti-émeute postés aux entrées du village. Il n’y
aura pas de révolte. Les habitants savent d’expérience que les réactions seront
sans appel, que les tractopelles passeront, au besoin assistés par les
matraques et les gaz lacrymogènes. Et puis les solidarités villageoises se sont
effritées dans ce village qui accueille les arrivants mahorais et comoriens aux
portes d’une ville qui décidément attire la misère. L’urgence, c’est de plier
bagage, d’entasser en vitesse les rares biens au fond d’une fourgonnette, de
récupérer tôles et bois qui serviront à construire un abris de fortune pour
passer la nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&quot;http://www.dixit.net/public/Mayotte/POUPEEweb.jpg&quot; alt=&quot;POUPEEweb.jpg&quot; /&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer la nuit, mais où ? Certains, trop rares, peuvent compter sur un
parent, un ami qui les laissera s’installer sur un bout de parcelle. D’autres,
nombreux, iront rejoindre le bidonville qui s’étale de l’autre côté du village.
Rejoindre dans une insalubrité honteuse les clandestins qui luttent pour
accrocher leurs cases de tôles sur les pentes abruptes de la colline, rendues
terriblement dangereuses par les pluies diluviennes. C’est désormais un vrai
village. Un village nié, oublié. Et puis il y a tous ceux, qui comme Akim, ne
savent pas où aller. Un canapé posé au milieu des débris de ce qui était sa
case, quelques affaires, et une famille qui voit le jour baisser et s’apprête à
passer la nuit là, parmi les moustiques et les odeurs de pneus enflammés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une seule petite case a été épargnée, celle d’Echati. Les hommes en orange
de l’Equipement n’ont pas eu le courage de la détruire. On les comprend. Echati
à 17 ans, et son bébé n’a que trois semaines. Ce soir, elle ne sait pas où
aller. Elle dormira là, et demain elle ira au collège. Demain sa petite case
sera réduite en un tas de cendres et de tôles froissées.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de relogement, personne pour assister ces familles. Juste du silence.
Une brutalité naïve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vent tourne les pages d’un cahier d’écolier oublié parmi les débris. Une
carte de cette si lointaine Europe crayonnée maladroitement de couleurs vives.
Les restes d’une case qui s’embrasent dans la nuit. La lune, pleine, éclaire
les ruines fumantes. Et la France outre-mer s’endort en silence.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Sylvain Grisot - 17/11/2005 - Sylvain(at)dixit.net&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;</description>
    
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    <title>la lac a une histoire...</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2003/04/06/la-lac-a-une-histoire</link>
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    <pubDate>Sun, 06 Apr 2003 14:18:00 +0200</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Histoires</category>
            
    <description>&lt;p&gt;Le lac a une histoire, mais ce n'est pas juste une histoire, c'est comme ça
que ça c'est passé, puisque c'est comme ça qu'on le raconte...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;Avant le lac n'y était pas, mais le village y était, lui. Un matin un homme
du village part ramasser le pot de terre plein de nourriture qu'il avait laissé
le soir. Il l'avait laissé là pour attirer les termites, très appréciées par
ses poussins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et là où il n'y avait que la brousse, il y avait le lac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les villageois viennent alors pour constater le miracle, et très vite
ils vivent avec le lac. Certains deviennent pêcheurs car ses eaux sont riches
en poissons, les femmes viennent y laver le linge ou le mil, et tous viennent
s'y baigner. Cela dure un an et demi. Des mois pendant lesquels personne ne se
demande pourquoi et comment le lac est apparu pour leur donner tous ses
bienfaits. Mais un jour l'eau disparaît.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit le lac est parti, aussi vite qu'il était venu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les poissons sont tous au fond et risquent de mourir au soleil, alors les
villageois se précipitent pour les protéger avec des feuilles de cocotiers.
Puis le chef du village décide d'aller voir le charlatan pour comprendre se qui
se passe. Il faut aller vite, les poissons vont mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous se pressent autour de la case du charlatan qui après avoir consulté les
oracles, leur explique enfin : « Le lac est arrivé et personne ne lui
a demandé d'où il venait. Le lac est arrivé et personne ne lui a donné à
manger. Quant un étranger arrive chez vous, vous lui demandez d'où il vient.
Quant un étranger arrive chez vous, vous lui donnez à manger. Mais vous n'avez
rien fait pour le lac, vous l'avez mal accueilli, alors il est parti. Si vous
voulez qu'il revienne, il faut réparer cela. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villageois retournent alors à l'endroit où se trouvait le lac et font
une grande cérémonie, la plus grande des cérémonies. Les tam-tams tonnent toute
la nuit, ils sacrifient des poules blanches, des chèvres, et même des
bœufs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit le lac est revenu, aussi vite qu'il était parti, à la joie de
tout le village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis tous les ans les villageois font une grande fête pour le lac, pour
l'accueillir à nouveau, et le nourrir par des sacrifices. Et depuis, le lac est
resté.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;D'après le récit d'Abdoulayé Tou - 9/04/2003 - Burkina Faso&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;</description>
    
    
    
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      </item>
    
  <item>
    <title>Au pays des hommes intègres</title>
    <link>http://www.dixit.net/post/2003/03/24/Au-pays-des-hommes-integres2</link>
    <guid isPermaLink="false">urn:md5:b55f4db96627ac8745c4c6b69e2864e2</guid>
    <pubDate>Mon, 24 Mar 2003 00:00:00 +0100</pubDate>
    <dc:creator>Sylvain</dc:creator>
        <category>Voyage</category>
            
    <description>&lt;p&gt;Salle d'embarquement, encore quelques minutes, puis quelques heures.
Stupéfiante sérénité. Silence, juste quelques paroles d'enfants : - viens
voir ! - chut ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;24/03/2003&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Salle d'embarquement, encore quelques minutes, puis quelques heures.
Stupéfiante sérénité. Silence, juste quelques paroles d'enfants : - viens
voir ! - chut ...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au loin le Vieux Port s'éloigne dans la nuit noire. Mes pieds nus sur la
moquette, et les genoux à deux ou trois centimètres du siège de devant. Pas mal
de pas être grand. Bizarre, mais j'ai acheté du chocolat pour le vol, quelle
idée ? 4h40 de vol, mais je ne verrais pas le désert, trop tard...&lt;/p&gt;    &lt;p&gt;On vient de survoler Alger, à 10 000 m d’altitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrivée à l'hôtel. Charmant, genre « fin de règne » avec clim des
années 60. En arrivant à deux heures du mat je réveille un peu tout le monde.
Le taxi ? Une 305 au bout du rouleau, pas break, ni diesel, et plus
d'amortos, bientôt plus de moteurs mais son allume cigare fonctionne !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;25/03&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas encore neuf heure et j'ai mon billet en poche pour Bobo. Et je crois
bien avoir commandé un café...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit dej rapide : café, confiture de mangue, pain, je me fais
rapidement truander quelques CFA par un vendeur de babioles avec qui j'avais
sympathisé, et embarquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bus quasi luxueux. De ces bus que j'aime avec du bruit, des remous secs
d'amortisseurs en fin de course, des odeurs, et le vent dans la face. Un seul
petit problème, même si petit n'est pas le terme adapté : l'immense corps
de ma voisine qui me presse de ses larges cuisses contre l'accoudoir. Au bout
de quelques minutes je m'endors dans sa voluptueuse chaleur doucement odorante.
Au réveil il semble bien qu'elle ait fait de même. La vue au dessus de son
fascinant décolleté, par la fenêtre, est assez monotone : paysage plat et
sec, terre rouge, arbres bas un peu partout, et des cases où que l'on soit.
L'Afrique n’est pas noire, en tout cas pas celle-la, elle est verte, d'un vert
sec, jaune en fait, qui vire au rouge sombre, comme du sang séché.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrivée chez Tom, il attendait à la gare. Bien chez lui, coquet presque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tempête de sable à Bagdad, 20h là bas, 17h ici...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coucher du soleil sur Bobo. Le chant du Muezzin au loin, le chant béni qui
accompagne le soleil sur la fin de sa course et annonce la fraîcheur du soir.
Heureux de me retrouver en terre d'Islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Différent oui, mais pas choquant. L'humanité me surprend d'être si semblable
en des lieux si lointains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils vont bien tous les deux je trouve, et bien ensemble aussi. Et moi bien
ici...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;26/03&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Réveil précoce. Levé 8h comme une fleur. Déjà 30 degrés, enfin non pas déjà,
encore ! Sommeil profond, aidé par la bière d'hier soir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Le Journal Hippique - Quarté du jeudi 27 mars 2003 - Longchamp - 18
partants » Ici on parie sur les courses en France, « au hasard un
peu » sur les pronostics de Paris Turf, Ouest France, de l'Yonne
Républicaine...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps les américains apprennent ce qu'est la guerre, et salopent
même le désert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;18h30. Siège de l'asso. Le soleil se couche dans ses draps roses. Un souffle
de vent vient nous rafraîchir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir « Méga concert Live au Théâtre de l'Amitié’ »... Live déjà, pas
en play-back, fréquent ici. Le théâtre en plein air était complet, surtout de
femmes endimanchées dans leurs boubous multicolores, belles comme des fleurs.
Au bout d'une ou deux chansons un homme dans un grand boubou blanc monte sur la
scène, tape sur l'épaule du chanteur et lui fourre des billets un par un dans
la poche de sa chemise. Il est suivi par ses deux femmes qui font de
même ! Le chanteur chante alors ses louanges sous les acclamations de la
foule, jusqu'ici assez calme. Et puis c'est le défilé, les billets jonchent le
sol, un jeune a pour mission de les ramasser. Un notable vient même avec son
propre griot qui prend le micro du chanteur et raconte je ne sais quoi qui fait
rire le public aux éclats. Un policier en service boit une Guinness au bar...
Puis, dès le début de la dernière chanson, tout le monde commence à se lever.
Elle finit et le théâtre est presque vide. Pas de rappels ni d'applaudissements
ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;27/03&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Réveil tardif : 11h. Je baigne dans ma sueur, 35° dehors et sans doute
bien plus dans la chambre. Douche froide bienvenue...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier soir grand tour dans Bobo avec Tom après le boulot, histoire d'aller
boire une bière dans un maquis. On s'arrête et une nuée de petits se précipite
pour me serrer la main « oh le blanc, ça va ? » Mon bras est aspiré
rapidement dans les rires et quand je réplique « oh le noir ! » tout
ce petit monde est plié en deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La ville est grande, mais plate. Pas d'étages ici, le sentiment constant
d'être à la périphérie alors qu'on est au centre. Certainement des quartiers
plus riches que d'autres, mais si peu. Le pays est pauvre, il n'y a rien, et en
plus ce rien est également réparti entre tout le monde. Pauvreté
démocratique ? Peu de voitures, seuls les grands axes sont goudronnés, et
les routes sont occupées par les P50, des copies de 103 Peugeot, et les
vélos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bureau du HCK, le poste « officiel » de Tom un vieil
ordinateur, trois pièces et des papiers. Rien pour bosser, et le gardien n'est
plus payé depuis des mois. Décidément la coop française n'a pas changé :
toujours incapable de prendre des décisions claires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16h. J'ai oublié de prendre ma Savarine. Une pensée émue pour toutes celles
qui prennent la pilule depuis des années, et qui n'oublient que de temps en
temps !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17h30 Retour du maquis de l'Aurore, retrouver Issa et boire un Coca, fait
chaud, chaud... Quelques heures de travail efficace, ça avance bien...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;28/03&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A midi poulet. Le poulet en question est sorti de sa cage, et reste
docilement la tête en bas. Tanfissi discute le prix en lui tâtant la panse,
puis le rend au marchand. Visiblement ça fait tout de suite baisser le prix.
Finalement affaire conclue, le poulet se prend un coup de machette et va finir
d'agoniser dans un carton. Puis il passe dans une barrique d'eau posée sur un
feu, histoire d'y laisser ses dernières plumes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je retrouve étonné du « Bissap », les fleurs de Jamaïque mexicaines,
dont on fait aussi ici des eaux sucrées. Un marché couvert avec de tout :
légumes, tailleurs, viandes… Même des pièces de voitures, mais pas
d'amortisseurs de haillon arrière pour ma 305. Je vais trouver, ça vaut de l'or
en France ! En sortant on passe dans un supermarché. Classique bien qu'un
peu plus rustique qu'une supérette occidentale. Un blanc compte une liasse de
billets derrière la caisse. A y regarder de plus près c'est en fait un arabe,
sans doute un libanais. Tanfissi erre lentement dans les rayons en me jetant
quelques coups d'œil : - mais tu veux acheter quoi Tanfissi ? - oh
rien, c'est pour visiter... J'écourte alors la visite de mon premier
supermarché burkinabais...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Taxi. Le chemin le plus court n'étant pas forcément le meilleur, on commence
par laisser une dame dans le quartier, puis on passe prendre quelques litres
d'essence à la pompe, on laisse une autre femme montée en route, un peu plus
loin et c'est finalement notre tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tiercé du 29/03 à Saint Cloud. 100 CFA sur les 5-2-10.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1h du mat. Retour du maquis. Soirée à discutailler autour de grillades et de
bières. Les moustiques qui ont l'air eux aussi de bien avoir apprécié la
viande, mais pas la même. Fait frais dehors maintenant, je ne comprends pas que
ce pays ne soit pas envahi de hamacs, le climat me semble aussi adapté que les
habitants à cet exercice salutaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;29/03&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Temps calme ce matin, lecture à l'ombre, litres de jus d'orange. « Mali
Blues » de Lieve Joris, un vrai beau voyage...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois avoir perdu au PMUB, mais rien n'est sûr...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Visite chez le coiffeur. La boutique est pleine, crainte de devoir attendre.
Mais non, une bonne dizaine de personnes sont là, mais bien peu de clients. Le
patron me fait asseoir : - on fait comment ? - court, j'ai trop
chaud ! Et c'est parti. Pas de tondeuse, des coups lents et précis de
ciseaux, et ça n'en finit pas. Deux femmes couvertes de bigoudis suent sous
leurs casques. Fait au moins 40 dans la boutique. Au mur quelques affiches
jaunies de beautés africaines : l’une d’entre elle est parmi nous, en la
personne de la coiffeuse, avantageusement moulée dans un fin tailleur rose. Une
affiche de l'équipe de France aussi, avec Platini, enfin je crois, et devant
moi quelques exemplaires de la revue Air France de 1999. Au final du travail
soigné, mais si je me décide à tracer vers le désert faudra passer un bon coup
de tondeuse sur l’œuvre de l'artiste : encore trop long.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Virée en scoot avec Monique dans Bobo à la tombée de la nuit. Etalages du
marché qui se vident, cuisses de poulets qui grillent, lumières des maquis qui
s'allument, poussière, fumée, agitation partout dans tous les sens...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;30/03&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un disque au réveil : « Kaira » de Toumani Diabaté, à
dénicher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16h. Réveil après une bonne heure de sieste. Malgré la douche j'ai encore un
« sieste – lag », un peu dans les vapes, écrasé par la chaleur. Ce matin
visite de la famille au village de Monique, à 15 Km de Bobo. Des petites cases
en terre, l'ombre de quelques manguiers, une fontaine d'eau où des femmes se
chargent de grandes bassines d'eau sur la tête. Les champs semblent plantés de
bois secs, en attendant la pluie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Départ pour la cérémonie des masques, départ des hommes seulement, puisque
les femmes du village n'y sont pas admises. A quelques centaines de mètres deux
ou trois cent personnes sont regroupées. Les percus tapent sous le soleil. On
fête les morts de l'année. Les gens se massent en cercle autour d'une piste ou
des danseurs / acrobates évoluent à un rythme rapide et saccadé. Ils sont
couverts de longues ficelles oranges, jaunes, bleues très vives qui leur
couvrent le corps, qui tournoient autour d'eux en frappant l'assistance et en
soulevant des nuages de poussière. Leurs visages sont dissimulés par de grands
masques de bois peint. Au bord de la piste je suis rapidement couvert de
poussière, qui se colle à mon corps en sueur. Chaleur, cris, rythmes, rires,
musique, foule, vitesse, poussière... La cérémonie prend fin sans prévenir.
J'achète un sac d'eau pour boire un peu, mais l'essentiel sert à me refroidir
la tête. Nous retournons former cercle sous le manguier, en buvant de la bière
de mil dans des calebasses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques coups de feu au loin, c'est la fin de la fête, on chasse les
mauvais esprits. Deux femmes arrivent, l'une d'elles porte un bébé minuscule
accroché dans son dos par un tissu. Les salutations commencent, je n'y comprend
rien, puis le nourrisson passe de main en main : « oh le beau bébé,
il est bien clair’ »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un ancien combattant nous raconte comment il a vu « degoule » (je
met un temps à percuter « de Gaulle ») en « vis-à-vis », et par deux
fois : la première lors d'une revue de troupes en Mauritanie, et la
deuxième le lendemain, au Sénégal, où il avait été transféré nuitamment...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des vaches à bosse, faméliques, traînent à côté de nous, accompagnées de
quelques cochons noirs. On ne peut pas dire qu'il y ait une activité frénétique
dans le village, pas grand chose à faire avant les pluies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je profite de l'absence de Tanfissi pour faire un peu de lessive. Un peu
complexé de retrouver mes caleçons lavés et repassés tous les jours ! Ca
va vite sécher...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques pages avant la fin de « Mali blues », j'hésite, pas envie de
quitter ce livre...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;31/03&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Siège de l'asso. Encore une coupure de courant. Une partie de la puissance
venait de la Côte d'Ivoire il y a peu. Impossible de bosser sur un site web
sans ordinateur, mais le plus grave c'est que le ventilateur lui aussi est à
l'arrêt ! Je vais aller faire le café pour tout le monde, on en a bien
besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1/04&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pub pour un jeu à gratter à côté du marché : « grattez, y a
l'argent dedans ! »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouver de la menthe pour le bissap, « nanaï » en Dioula.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Matinée au marché. D'abord avec Tanfissi pour les courses, et au pas de
course. Puis virée avec Monique pour trouver quelques tissus, et faire tailler
des pantalons chez son couturier de l'autre côté de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2/04&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense à la Côte d'Ivoire. Frontières bloquées, plus de tissus, le coton
contourne le pays et part vers la mer par le Ghana. Et surtout le sang. Mystère
de ces peuples qui vivent si longtemps ensemble et qui ne parlent subitement
que par la machette ou la kalache : Côte d'Ivoire, Yougoslavie, Liban,
Irlande du Nord, et trop d'autres encore... Violence de l'homme qui a besoin
d'un ennemi, de haine pour savoir qui il est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4/04&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Réveillé cette nuit par un de ces rêves immenses qui veulent nous dire tant
de choses qu'on ne sait pas par où commencer. Besoin urgent de me lever pour
noter tout ça, pour m'en souvenir... et c'est tout ce dont je me souviens
évidemment. Retombé entre temps dans un sommeil lourd sous ma moustiquaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suivre Nicolas Bouvier sur les chemins crasseux de Corée et le froid
irlandais. Voyages dans le voyage à ne plus trop savoir où je suis. 5/04&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Réveillé de ma sieste par le fracas de la pluie qui cogne le toit en tôle.
De grosses gouttes d'eau tombent comme des cailloux dans la poussière, espoir
de fraîcheur...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ca c'est trop foutaise », dixit Monique, trois gouttes qui ne sont
tombées que pour rendre l'atmosphère poisseuse et étouffante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6/04&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour d'une journée en brousse, à Bama, à boire et manger du poulet dans
des maquis. La sauce a laissé une odeur assez violente à mes doigts... Sur la
route une pancarte : « Ecole biblique et agricole. » Entrée dans
la ville alors que le jour baisse. Lumières rougeâtres dans la poussière, flot
de camions surchargés, de P50 fumantes, de vélos, de piétons au milieu de la
route. Tout ça s'écarte de la voiture au dernier moment. Ca me rappelle
Bouselsa, même masse compacte de corps et de véhicules dans laquelle la voiture
se faufile comme par magie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longues discussions sur les différentes ethnies de la région. Les Mossis
sont la cible de bien des plaisanteries : sérieux, travailleurs, discrets,
un peu les fourmis d'Edith Cresson. On dit que si dans un village il n'y a pas
de Mossi, il faut partir immédiatement : le lieu est vraiment invivable.
Quand les Américains sont arrivés sur la lune, ils ont été accueillis par un
petit homme qui portait des scarifications sur le visage. Un Mossi. Ils sont
partout. Et le Mossi de leur demander de reculer un peu la fusée, et de bien
vouloir payer le parking... à chacun son belge. Longues discussions qui n’en
finissent pas, mais finalement on se lève : « on va demander la
route. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7/04&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Début de travail en trombes. Arrivé à 8h30. Pas de net. Quelques coups de
téléphone et la liaison est rétablie à 9h10. Coupure de courant à 9h20. Plus
qu’à boire un café…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8/04&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boulot aujourd’hui. Finir les sites, former Nah et Ramata. Soirée aux
« Bambous ». Percus, poisson, bières et moustiques. Demain cap au Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9/04&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tengrela, village en brousse à 7 Km de Banfora. Je viens de finir ma carpe
et ma Flag en compagnie de Yaya, mon guide pendant quelques jours, et d’un
pêcheur, Abdoulay. Un moustique tente de se frayer un chemin dans mon nez.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est arrivé à Banfora en bus. Un vieux bus de la Rakieta, aux sièges en
similicuir passés d’âge mais confortables. On est monté un par un dans le bus à
l’appel de nos noms par une grosse mama qui surveillait farouchement les
issues. Une route avec un peu de vue, ça fait du bien dans ce pays plat où on
ne voit jamais l’horizon. Vastes étendues de canne à sucre. Deux chèvres debout
sur le toit d’un bus. Boutique annonçant fièrement « vente de frigos,
liqueurs, et divers. » Un homme passe avec un cache yeux bleu Air France
devant la bouche pour se protéger de la poussière. Deux gendarmes affalés dans
leurs fauteuils attendent à l’ombre d’un manguier que les gens s’arrêtent et
viennent leur présenter leurs papiers. Les termites mettent la dernière main à
leur château de sable, au bord d’un champ de maïs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis départ pour le village en P50. Un régal. Au début mi-goudron mi-piste,
enfin goudron autour des trous, puis piste avec tâches de goudron, et
finalement le goudron s’est essoufflé. On passe sur une digue. Des deux côtés
une prairie marécageuse avec quelques vaches. Vague de fraîcheur. Un gosse
souffle dans son sifflet pour rameuter le troupeau, enfin je pense. La piste se
métamorphose en tôle ondulée. Je ralentis, mes vertèbres étant les seuls
amortisseurs de mon véhicule. Crissement des grillons qui tentent de couvrir le
bruit du deux temps réglé à la louche. Un gosse me salue d’un « oh !
le blanc ! » Je manque de me vautrer en lâchant le guidon pour le saluer
alors qu’une bosse se précipite sous ma roue. Arrivée au village, baobabs,
Kapokiers, et surtout salutations, nombreuses, puis bières, nombreuses… Et
retour à ce repas où on a parlé de foot, de four à micro-ondes, de techniques
de pêche et de culture du riz. Avec en fond sonore la télé, qui justifie
largement le démarrage du groupe-éléctrogène.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fait, je sais maintenant pourquoi samedi on a eu que quelques gouttes de
pluie. Dimanche il y avait des funérailles alors « ils ont arrêté la pluie
pour ne pas gâter la cérémonie. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Douche au seau, y a que ça de vrai, puis visite de ma case de luxe. Ronde en
pisé avec grand lit, matelas de paille, toit de chaume et moustiquaire. Une
bouteille de bière tient la petite fenêtre ouverte avec l’espoir – vain - de
créer un courant d’air. L’ancien testament sur la table de chevet. Charmante
attention, ici les gens sont musulmans. Et toujours le son de la télé : un
soap argentin ou brésilien traduit dans un français approximatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;9/04&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nuit bizarre. Un match de foot à succédé au feuilleton, puis la télé s’est
éteinte, suivie de peu par le groupe électrogène. Au loin quelques percus. Et
la chaleur. Un fois le silence fait, c’est la pluie qui revient enfin. Je sors
pour profiter de la fraîcheur, qui décidément boude ma case. Quand on arrête la
pluie, une femme est désignée et ne doit plus toucher d’eau sinon le sort est
rompu. J’en connais une qui à dû boire un coup avant de se coucher dans le
village d’à côté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bruits à ma porte. Un blanc dans ma mémoire, et je me retrouve à marcher
dans la nuit avec Abdoulay et son apprentis, réalisant peu à peu que je suis
bel et bien en Afrique. On se dirige vers le lac. Il est 5h30 du matin. Avant
d’arriver à la pirogue, Abdoulaye me dit de faire attention aux fourmis. Je
mets donc franchement le pied sur une file de fourmis rouges qui se faufilent
sous mon pantalon et me piquent toute la jambe, sans état d’âme pour mon réveil
approximatif. Leurs petits corps jonchent encore la plage. Hippopotames, pêche
au lancer avec un filet rond lesté de plomb, lever de soleil sur ces femmes
venues laver leur linge.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;''Le lac a une histoire, mais ce n'est pas juste une histoire, c'est comme
ça que ça c'est passé, puisque c'est comme ça qu'on le raconte...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant le lac n'y était pas, mais le village y était, lui. Un matin un homme
du village part ramasser le pot de terre plein de nourriture qu'il avait laissé
le soir. Il l'avait laissé là pour attirer les termites, très appréciées par
ses poussins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et là où il n'y avait que la brousse, il y avait le lac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les villageois viennent alors pour constater le miracle, et très vite
ils vivent avec le lac. Certains deviennent pêcheurs car ses eaux sont riches
en poissons, les femmes viennent y laver le linge ou le mil, et tous viennent
s'y baigner. Cela dure un an et demi. Des mois pendant lesquels personne ne se
demande pourquoi et comment le lac est apparu pour leur donner tous ses
bienfaits. Mais un jour l'eau disparaît.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit le lac est parti, aussi vite qu'il était venu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les poissons sont tous au fond et risquent de mourir au soleil, alors les
villageois se précipitent pour les protéger avec des feuilles de cocotiers.
Puis le chef du village décide d'aller voir le charlatan pour comprendre se qui
se passe. Il faut aller vite, les poissons vont mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous se pressent autour de la case du charlatan qui après avoir consulté les
oracles, leur explique enfin : « Le lac est arrivé et personne ne lui
a demandé d'où il venait. Le lac est arrivé et personne ne lui a donné à
manger. Quant un étranger arrive chez vous, vous lui demandez d'où il vient.
Quant un étranger arrive chez vous, vous lui donnez à manger. Mais vous n'avez
rien fait pour le lac, vous l'avez mal accueilli, alors il est parti. Si vous
voulez qu'il revienne, il faut réparer cela. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les villageois retournent alors à l'endroit où se trouvait le lac et font
une grande cérémonie, la plus grande des cérémonies. Les tam-tams tonnent toute
la nuit, ils sacrifient des poules blanches, des chèvres, et même des
bœufs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la nuit le lac est revenu, aussi vite qu'il était parti, à la joie de
tout le village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis tous les ans les villageois font une grande fête pour le lac, pour
l'accueillir à nouveau, et le nourrir par des sacrifices. Et depuis, le lac est
resté.''&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'après le récit d'Abdoulayé Tou - 9/04/2003&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;13h Affalé sur ma chaise dans un petit maquis. Je somnole en écoutant Yaya
parler en dioula avec un homme assis à côté de nous. La conversation prend son
rythme, un rythme souple et beau, ponctué par les légers claquements de langue
d’approbation. L’accent de l’homme module doucement ses paroles. Cet homme est
beau, avec son petit bonnet et sa djellaba blanche striée de légers traits bleu
clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, après la pêche, retour au campement, café, puis un deuxième,
indispensable. Et nous voilà repartis sur nos fidèles montures. Enfin la mienne
n’est pas si fidèle que ça, elle refuse de démarrer pendant quelques minutes.
Direction les Pics de Sindou : 45 km de pistes défoncées par les camions
de coton qui déboulent à une vitesse folle et nous couvrent de poussière. Il
faut se glisser dans les fines pistes entre la tôle ondulée tracée par mes
prédécesseurs en deux roues. Parfois ce n’est pas la bonne, et le P50 se
précipite sur les bosses en manquant de se disloquer. Perchés au dessus de la
plaine les pics sont de grandes roches érodées, chargés de rites et
d’histoires, que Yaya me conte sans fin sous un soleil de plomb.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ismaël, 13 ans, CM2 Une commune achète un champ à 165 000 F l’hectare pour
aménager un terrain de sport. Ce champ est un rectangle de 115m sur 80m. -
Calculez la surface totale et le prix - Trouvez le prix de revient sachant que
les frais d’acquisition sont de 22% de la valeur du champ. - Une équipe de
quatre ouvriers a travaillé 8h par jour pendant 12 jours pour aménager le
terrain. Les ouvriers touchent 156 F/h. Le matériel vaut 118 500 F. Quel est le
prix du terrain complètement aménagé ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une feuille arrachée à un cahier, des résultats aléatoires. Allez, on va
reprendre tout ça au propre. Je lui dois bien ça à Ismaël, il m’a apprit à
récolter les graines de baobab.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est arrivé il y a une heure. Usés par 100 bornes de piste en mob et le
soleil qui a commencé à me transformer en écrevisse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi 24 mars 2003. Arithmétique Pour calculer une grandeur connaissant sa
fraction on multiplie la quantité donnée par le dénominateur et on divise le
produit par le numérateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le papa trie ses papiers à côté de nous, son poste crachote du reggae. Nos
graines de baobab sèchent par terre et on a un prix de 353 600 F CFA pour le
terrain aménagé. Ca à l’air juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant d’attaquer le second problème, je m’attaque à une seconde carpe,
vraiment excellentes ici. Dès que mon assiette arrive, le chat boiteux de la
cours vient se frotter à ma jambe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca fait bien deux heures que ce gars est concentré sur ses papiers. Des
grilles de PMU.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;10/04&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« 15 h pile » me précise la dame à côté de moi. On attend le bus
de 14h mais il est au garage. On s’était un peu pressés pour le café, enfin un
peu. Arrivé dans la cabane, je commande deux nescafés. Deux minutes après Yaya
renouvelle la commande en dioula, mais c’était bon, juste qu’il faut le temps.
La mama aux seins lourds et au sourire immense se décide finalement à donner
une pièce à une fille qui part… et revient avec deux sachets de nescafé. On
sort les grands verres, on y verse l’eau tiède sur le nescafé, et notre mama se
met à battre le mélange comme si c’était des blancs en neige. Finalement elle
redonne une pièce à la fille, qui revient peu après d’une boutique voisine avec
4 morceaux de sucre. Aux usines Renault on appelle ça du flux tendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;15h15. Notre bus est encore en train de se refaire une beauté.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;16h30. Un bus part en klaxonnant, fin de ma sieste sur le banc en bois. Pas
de trace du nôtre. Les dernières nouvelles sont rassurantes « Y a pas de
problème, y va arriver vers 16 ou 17 heures, y partira après. » Pas de
problème en effet, j’ai bien dormi. Les gens attendent patiemment à l’ombre en
regardant une petite télé noir et blanc, deux poules crèvent de chaud attachées
dans un coin, et on a encore moins d’infos qu’un jour de grève à la SNCF. Une
dame transporte son bébé sur son dos. De face on ne voit que les deux petits
pieds qui dépassent sur les côtés. Un minibus rouge bourré de monde passe dans
la rue. Sur le côté en grosses lettres blanches « Science sans conscience
n’est que ruine de l’âme ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17h15. Le bus est là. On est parti chercher le chauffeur maintenant. Il va
arriver. Bientôt. Un vieil aveugle arrive avec sa fille qui le guide en le
tirant par une ficelle. Il nous fait un speech en Dioula. Je sors ma pièce sans
rien dire, et il finit son laïus par un « bonsoir monsieur » en
français ! On explose tous de rire, sa fille y compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nuit tombe. Il y a encore un gars couché sous le bus avec quelques
outils. C’est pas gagné.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca y est, il fait nuit. Et le bus est reparti à vide. On attend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vingt heures passées quand finalement le bus arrive, je regarde les
infos locales à la télé. On est tous affalés sur les bancs à grignoter en
attendant le messie. Le bus qui arrive est plus grand certes, mais en piteux
état. Faudrait faire une datation au carbone 14, mais à vue de nez je dirai
qu’il est d’époque précoloniale. Les gens se lèvent lentement puis se
précipitent vers les portes, et la lutte des places commence, comme dirait
l’autre. Bousculade pour avoir un siège, j’en obtiens un en me laissant guider
par le flot. Une écumoire en fer à côté de moi marque une place déjà réservée.
On se serre les uns contre les autres, la tension monte. Les enfants tentent de
pleurer au dessus de la mêlée, et ils ont bien raison. Une femme donne
stoïquement le sein à son bébé un peu plus loin dans l’allée. Il fait chaud,
très chaud, et je fais eau de toute part. Les sacs de marchandises les plus
diverses s’empilent lentement au fond du car. Plusieurs mètres cubes qui
mettent plus d’une demie heure à trouver leur place. J’ose à peine imaginer ce
qui se passe sur le toit… Finalement on démarre, et on sort doucement de la
gare. On prend à droite, les freins font leurs « pschitt »
caractéristiques une bonne dizaine de fois d’affilée, et finalement le bus
s’arrête. « Plus de freins » annonce le chauffeur. On n’a pas fait
200 mètres… Marche arrière, mais le bus n’arrive plus à s’arrêter. Finalement
un gars glisse un gros caillou devant la roue qui nous stoppe violement. Je
décide d’arrêter les frais, au soulagement de Yaya. Il était écrit qu’on
n’arriverait pas à Gaoua, pas la peine de forcer le destin dans un bus aux
freins mal rafistolés. Yaya tente de se faire rembourser les billets, j’en
rajoute une bonne couche derrière lui. Une bonne cinquantaine de personnes
écoutent en cercle autour de nous la prise de bec avec le chef de gare. On
obtient finalement satisfaction, mais la caisse est fermée, on verra donc
demain. Le P50 de Yaya est déchargé, et on rebrousse chemin. Depuis mon porte
bagage je vois une étoile filante dans le ciel noir. Je fais un vœu. Yaya est
ravi d’apprendre qu’il reste une parcelle de magie dans notre froid monde
occidental. Arrivée au campement. Accueil fabuleux. On boit des bières devant
la télé dans la cours de la famille en discutant du respect des vieux, des
contes, de la Côte d’Ivoire, de la corruption, de Sankara. En allant me coucher
je retrouve Ismaël à côté de mon lit, déplacé dehors pour l’occasion. Il
voudrait que demain je fasse un dessin pour illustrer un de ses poèmes sur son
cahier tout neuf. Je ne suis pourtant pas arrivé en avion dans le désert, mais
en P50 dans la brousse. C’était vraiment une excellente journée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;11/04&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allongé à l’ombre d’un manguier, début d’aprèm. Des fillettes de six-huit
ans pilent du mil avec des pilons aussi grands qu’elles. Elles ne jouent pas à
la dînette, elles travaillent. Un manguier abrite les femmes et les filles, je
suis sous un autre avec les hommes. Elles jettent le grain au vent dans un
panier d’osier, la paille s’envole en gerbe. Matinée à rouler en brousse sur le
porte bagage de Yaya. Vastes champs de canne à sucre arrosés par d’immenses
rampes importées de France. La piste a été aspergée de jus de canne pour la
stabiliser, un macadam écolo qui sent bon au soleil et colle sous la chaussure.
C’est la première fois que je marche sur du caramel. Des journalières qui
désherbent les champs mangent à l’ombre des kapokiers. Chaque génération sous
son arbre. Chacun sa place, chacun à sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mangue tombe à quelques mètres de moi. La sieste est un sport
dangereux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Invité à partager le repas des hommes. En cercle autour de bassines en
plastique on mange des poignées de riz gluant trempé dans une sauce à l’oseille
et aux arachides. Péniblement j’arrive à ingurgiter quelques bouchées, histoire
de faire bonne figure. Pas pour moi, ça. Ce que j’aimerai trouver un mouton
grillé par un Peul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;- Il faut ranger tes affaires, me dit le chef de famille. - Pourquoi ?? -
Regarde… L’horizon à viré à l’orange : une tempête de sable approche. On
plie bagage rapidement mais pas assez, on est pris par la première rafale,
toujours la plus rude. Je suis couvert immédiatement de sable, un sable aussi
fin que de la poussière qui s’insinue partout. Kapokiers et manguiers lâchent
prise de concert, et laissent tomber leurs fruits d’un seul coup. Heureusement
on avait évacué leur ombre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maisons en pisé. Briques de pierre et de paille (15 x 20 x 40 cm). Cases
rondes (diam. 3m) ou carrées (2,5 x 2,5 m), selon les goûts (les jeunes ont
l’air d’aimer les angles). Les briques sont montées à la main, scellées par de
la glaise. Une planchette soutient le rang de briques au dessus de la porte.
Seul outil sur le chantier : une ficelle à nœuds. Charpente légère en
bambous sauvage ou en eucalyptus, toit en paille de mil fixée à la charpente
par deux pieux bloqués par des branches tressées ou un pneu de vélo, au choix.
Les femmes finissent le travail en crépissant l’extérieur de boue. Travail à
renouveler fréquemment pour ne pas courir le risque de voir sa maison se
transforment en tas de terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parti vers le lac à pied, envie de marcher et de me retrouver seul avec les
éléments. Le vent souffle encore fort, mais plus de sable. Le soleil est voilé
par des nuages jaunes, les gens semblent attendre la pluie qui tarde à venir.
Quatre garçons se dirigent vers moi, difficile de se retrouver seul dans ce
pays. Après quelques « bonsoir» et « ça va », ils restent en silence
debout à côté de moi, répondant poliment à mes questions. Simple et aimable
curiosité de leur part : pas si souvent qu’ils trouvent un blanc en train
d’écrire assis au bord du lac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J’attends la pluie dans l’ancienne école : quatre piliers en dur qui
supportent un vieux toit en tôle, ouverte aux quatre vents, à cinquante mètres
du lac. C’est simplement beau, et ça devait être difficile de se concentrer sur
la leçon avec un tel paysage sous les yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;20h30. Je me fais piquer au petit orteil par une espèce de hanneton. Ce
besoin de marcher pied nu…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;21h. Je ne sais pas pourquoi Ismaël à choisi ce poème, « Je suis malade
», mais il va bien au moment : Biba, la fille d'Abdoulayé, vient de se
faire piquer par un scorpion. Elle pleure en silence, elle tremble, elle a
peur. Et moi j’ai peur pour elle et j’ai l’air bien con avec mon homéopathie et
mon bobo au pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;23h. Passé du temps avec Biba, allongée sur une natte un peu à l’écart. Elle
va mieux, elle a mangé, elle a souri. J’en rigole, sa mère aussi. Elle a 6 ans.
Elle est si jolie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de nouvelles de Saddam, il doit être en train de rouler vers la Jordanie
tous feux éteints sur son P50. Ou peut-être qu’il fait une crapette avec
Oussama au fond d’une grotte…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;12/04&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je me lève, Biba est déjà en train de piler du mil sous un manguier.
Elle sourit. C’est beau. Parti pêcher avec d'Abdoulayé. Economie de paroles,
bruit de la perche en bambou dans l’eau, des lests qui s’entrechoquent quant il
arrange le filet, au loin des taureaux qui jouent au plus fort, des enfants se
baignent en riant. Un capitaine nous échappe et s’enfuie vers les profondeurs
du lac en laissant le filet largement déchiré. Il faut réparer. Abdoulayé
recoud ça patiemment, avec des gestes précis de celui qui connaît son métier.
Au final une quinzaine de prises, deux carpes sont pour moi. Merci. On apprend
en rentrant qu’un homme s’est noyé pendant que nous étions sur le lac. Mort
stupide, rendue possible par une suite d’absurdités qui étonnent les gens, un
peu, et ne choquent que moi. Mort noyé, l’homme devra être enterré à côté du
lac, à moins que sa famille ne compense cela par quelques sacrifices pour
récupérer le corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de repartir passage par un grand trou dans lequel des femmes tressent
des nattes. Elles sont protégées du soleil par des feuilles de palmier, et des
hommes par un interdit féroce qui menace d’impuissance celui qui pénétrera ce
lieux. Espace de paroles, de ragots et d’initiation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adieux à la famille. Larges embrassades avec Abdoulayé, aussi heureux que
moi de notre rencontre. Je le reverrais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;14/04&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je trimballe un étau autour de mon crâne depuis deux jours. Jus de Tamarin
glacé. Excellent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Journal du Jeudi / 10-16 avril 2003 « La Justice c’est comme la Sainte
Vierge. Si on ne la voit pas de temps en temps, le doute s’installe. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;17/04&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Départ pour Gaoua. Petit minibus en sale état, pare-brise criblé d’impacts,
démarrage dans la pente, plus de démarreur. Mais celui-là j’y crois. La
dernière fois on avait réussi à se faire rembourser les billets le lendemain
midi. Le bus n’était toujours pas parti. RFI à fond dans le bus. Fin de la
guerre en Iraq, menaces US sur la Syrie…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petite escale technique. De la fumée sort du côté d’une roue arrière. Les
plaquettes sont en train de cramer. Réparation rapide et efficace : le
chauffeur arrose le tout avec un petit arrosoir en plastique rose. Ca va
aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bébé devant moi fixe le « toubabou » que je suis de ses grands
yeux noirs. Il sourit, sa maman aussi, et moi aussi alors.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrêt aux stands. On fait une pause dans un petit bled devant une boutique
« vente de marchandises diverses ». Pour moi ce sera coca tiède aux
mouches. « Non non je veux pas de lunettes de soleil ni de montre. Pas de
ceinture non plus, merci. » Ils changent une roue maintenant. Ca va
aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a redémarré en poussant le bus. Et depuis le bitume s’étale sans fin sous
nos roues. Un gosse joue avec un cerceau métallique en plein milieu de la
route, au loin le ciel est noir d’un orage que j’attends.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrivée à Gaoua. Le bus se perd dans un dédalle de déviations plus ou moins
bien indiquées. A peine 2h de retard. Parfait. Direction l’hôtel, quatre murs
et un toit, rien de plus, ça ira bien. Un homme repasse une chemise avec un fer
à repasser en fonte chargé de braises et décoré d’un charmant petit coq.
Impression de déjà-vu en passant devant la poste par une route bordée d’arbres.
Une image du Maroc. Visite d’un musée. Je me fais engueuler par la guide,
visiblement je ne reste pas assez longtemps à admirer les photos :
« ça vous intéresse pas ? » Je réalise que le cauri est un petit
coquillage blanc. Importé d’orient il était à la fois monnaie d’échange et
instrument divinatoire. On passe voir l’oncle de Yaya, sympathique
fonctionnaire sous clim à la sécu locale. Visite à son garagiste qui vient de
re-segmenter sa 304. Pour vérifier que le moteur ne chauffe pas, il trempe le
doigt dans le liquide du radiateur… Et nous voilà à boire du thé en jouant au
scrabble chez des amis. Enfin pas moi, j’aime pas le scrabble. Un peu vanné ce
soir, je commence à avoir envie de rentrer. Deux hommes font leurs ablutions et
prient sur une natte dans un coin de la cour, pendant que le poste crachote une
chanson de Claude François. Odeur du thé vert qui bout sans fin dans sa petite
théière en alu posée sur quelques braises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;15/04&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rêve d’une grande maison rieuse. Une petite fille de 5-6 ans aux boucles
d’or court partout en rigolant avec ses deux amis, un oiseau en peluche et un
espèce de gros ver souriant et coloré. Mais elle les oublie en partant,
l’oiseau se met à pleurnicher et le ver redevient un mug en porcelaine blanche.
Des pécheurs font des prises miraculeuses, les poissons s’empilent les uns sur
les autres en des tours bien droites de plusieurs mètres de haut. Un homme fait
un dessin superbe sur mon carnet, qui se transforme à la lumière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la craie sur le mur d’un maquis : « Si l’argent se trouvait dans
les arbres, les filles se marieraient aux singes. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;40 bornes sur le porte bagage de Yaya avant d’arriver ici, les fesses en
compote. Trois petits viennent nous voir, enfin m’observer surtout, et en
silence. Les deux plus grands sont habillés de fringues crasseuses à moitié
déchirées. Le plus petit, peut être trois ans, ne porte qu’une simple ficelle
autour de la taille, et passe son temps à jouer avec son zizi. Tous trois ont
le ventre gonflé et le nombril qui ressort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le port du casque a été un moment obligatoire au Burkina. La mesure a bien
évidemment été supprimée depuis. On dit que les vieux mossis ont peint des
calebasses en blanc pour se les mettre sur la tête. Enfin c’est ce qui se
dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici on dit bonsoir dès l’après-midi, et quand on dit « ça va ? »,
c’est une vraie question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Après un bout de piste cahoteuse, arrivée au village Ghan. Calme souverain.
Salutations. Un groupe d’hommes est affalé à l’ombre d’un manguier, deux femmes
s’affairent dans le coin. Dans une bassine un petit de deux ans se fait laver
par son grand frère qui doit en avoir quatre ou cinq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bébé pleure, alors les autres s’y mettent aussi, et les hommes brisent le
silence et se mettent à parler, une radio s’allume. Les minutes durent
calmement des heures. Un vieux chaussé de sandales en plastique somnole dans
son fauteuil, pendant qu’un clip à la radio explique qu’il faut faire silence à
l’hôpital. Je n’ai qu’une envie, m’allonger sur une natte et sombrer dans une
vaste sieste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sacrifice aux fétiches. Fin (tardive) de la récolte du mil, on doit donc
sacrifier aux fétiches pour désacraliser le mil avant toute consommation. On se
glisse à six dans une petite pièce sombre et surchauffée. Les fétiches
attendent patiemment dans un coin sur leur petit monticule de terre. Une lampe
de poche tente péniblement d’éclairer la scène. Le premier à y passer est un
gros coq, enfin gros pour la région. Un coup de couteau et son sang coule sur
les fétiches, il est ensuite laissé sur le sol pour vivre ses derniers spasmes.
Il saute encore deux fois au travers de la petite pièce avant de trépasser, et
finit sur le dos. Bon signe. Il perd encore quelques plumes à titre posthume,
qui vont orner les fétiches. Au suivant. Une poule blanche, enfin pas tout à
fait, quelques plumes noires justifient une remarque de l’officiant. Même
scène, mais cette fois elle tombe sur le côté. Flottement. Regards un peu
effrayés. Mauvais présage. On recommence alors avec ce qu’il y a, un poussin
blanc qui a enfin la décence de crever sur le dos. Soulagements. Dolo et farine
de mil sont étalés sur les fétiches ensanglantés, on va pouvoir y aller…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Classe de CE2 – 22 garçons, 11 filles&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Problème Un camion citerne contenait 645 l d’essence. Il a servi le tiers à
une station. - quelle quantité d’essence a été servie ? - quelle quantité
d’essence reste-t-il dans la citerne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque j’entre dans la classe, toutes les petites têtes se lèvent vers moi
avec des yeux ébahis. Je refuse la place de devant pour aller me glisser sur un
petit banc au fond de la classe. Pas moyen de se caller près du radiateur, y en
a pas. Une fillette pose au tableau 6021 – 4237. Elle hésite un peu. Les doigts
se lèvent en claquant pour attirer l’attention de l’instit. Les têtes se
tournent pour me jeter des coups d’œil discrets. Un petit passe au tableau. Il
écrit « solutions » sur le tableau noir. Chuchotements :
« y a pas de S ». Bruit de poules qui passent sous la fenêtre. Le gosse
encadre consciencieusement ses résultats avec une large règle en bois.
« Quand maman prépare la bouillie, avant de la boire qu’est-ce qu’on
ajoute ? » Les doigts claquent : « du sucre ! » Bonne
intro. Livre de science. Page 48. Les aliments de l’homme. « Qu’est-ce
qu’on voit sur le dessin ? » « Je vois un homme qui coupe le bois de
sucre » Calmes, attentifs, mais ils participent, beaucoup. « Qu’est
ce qui se passe si on laisse le sucre dans l’eau ? » « Ca va se
mouiller ! » Je hoche la tête à une réponse et toute la classe se met à
rigoler. Le maître sourit, mais ne dit rien. Le petit derrière moi se met à
bailler… Le maître fait répéter à tout le monde « Il ne faut pas boire
l’eau du marigot ». Puis il m’interpelle « comment on dit en français le
koudougou ? » Il m’explique un peu, et je peux répondre :
« l’eau de vie ». Et les gosses explosent de rire une nouvelle fois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expression écrite. Le jeudi tu ne vas pas à l’école. Tu joues. - dis ce que
tu joues. - décris ton jeu préféré.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les cartables sont taillés dans des sacs de riz, les fringues sont sales et
trouées, les murs nus et décrépis, bancs et tables usés jusqu’à la trame. J’en
ai marre. Je regarde par la fenêtre pendant que les petites frimousses
recopient le cours. Le dolo m’a bien assommé faut dire… La cloche, qui m’a tout
l’air d’être une barre de métal frappée, sonne enfin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait quelques grains de pomme cannelle. Fruits roses et ronds, de grosses
graines et une chair dont le goût se rapproche de l’amande, qui peut servir à
confectionner de la sauce pour le tô.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lune se lève dans son halo, et donne un coup de main à quelques feux pour
éclairer le village.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assis près d’une petite table, entre trois cases. En pleine brousse. Je
voulais y être, et bien j’y suis. Je viens de me taper la présentation au roi
des Ghans, l’Etre Suprême, dans son palais (quatre cases). Un jeune gars de 26
ans, qui pendant une heure n’a pas dit un mot, affalé sur son siège les pieds
sur la table, pendant que son plus jeune ministre m’assénait un cours magistral
d’ethno. J’y apprends les ethnies et sous ethnies des Ghans, leurs cérémonies,
et notamment que le pouvoir s’y transmet par « matrilinéarité », donc par
« voies utérines ». Je sais pas qui a écrit le bouquin que ce gars me
récitait, en tout cas j’en pouvais plus, hochant la tête un peu n’importe
quand, histoire de conserver un semblant de politesse. Une bonne demi heure
sous le clair de lune, puis une autre pendant laquelle ils se mettent à parler
Ghan. Là je somnole franchement sur mon fauteuil. Finalement on peut lever le
camps, et le Roi nous adresse finalement la parole : « au revoir ».
Peu de chances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;16/04&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Réveillé par le bruit des pilons, juste après l’aube. Je somnole sur mon
matelas dans la cour. Coups de fusils, puis des cris s’élèvent à côté, de plus
en plus fort, presque des hurlements. On pleure la mort d’une femme dans la
cour voisine. Les cris montent, puis baissent un peu, puis remontent encore,
par vagues immenses. Je propose de lever le camp avant midi. Ca a l’air d’être
apprécié. Douche sommaire avec l’eau boueuse du puit, abrité par un muret qui
m’arrive à peine à la taille. Longue discussion avec Yaya sur les croyances. La
femme qui est morte était protestante, sans doute adventiste. Sa famille est
animiste. Ca promet de longues discussions pour l’organisation des funérailles.
Catholiques, adventistes, fétichistes, témoins de jéhova, musulmans se
côtoient, souvent dans une même famille sans problème réel. Equilibre précaire
et trop rare. Et puis mélanges des rites, des croyances, des traditions…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ca me fout la haine tous ces ventres d’enfants gonflés par la malnutrition,
cette misère généralisée, d’entendre parler avec fatalisme de ces gosses tués
par le palu, de ces jeunes morts de « maladie », pour ne pas dire
« Sida ». Pauvreté, mort, illettrisme, corruption, crise économique qui
placent le Burkina au troisième rang selon l’indice du développement humain,
mais en partant de la fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bus. Retour vers Bobo. Grillades, Guinness, soleil… j’ai la tronche en feu,
je sombre dans le sommeil sur le siège du bus, les pieds sur des bidons
d’essence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les 4 ou 5 Km un camion en panne sur le bord de la route, souvent des
pneus éclatés, tués par la chaleur et l’usure. Ici on les changent quand il
pétent, pas avant. Des convois de camions maliens chargés de conteneurs roulent
à fond vers le Ghana. Et ce ciel chargé de cette lourde odeur de pluie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le chauffeur je ne sais pas, mais moi je ne vois plus rien au travers
du pare-brise. Les essuie-glaces étaient en option visiblement. Ah non, erreur,
ils marchent : les balais s’activent finalement après de longues minutes
d’hésitation du chauffeur, et le pare-brise se retrouve couvert d’une boue
opaque. Il abandonne, et on continue de tracer toujours aussi vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;19/04&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le garagiste. Vaste cour un peu vide. Quelques vieilles bagnoles se
désagrègent doucement. Un vieux me fait entrer dans son petit bureau, encombré
de pièces d’auto jusqu’au plafond, amalgamées dans la graisse et le cambouis.
Sympa. Un jeune part en P50 à la recherche de mes amortos de haillon arrière.
On parle de peugeot et de foot. Sans nouvelles de la première équipe, un autre
gars part en voiture et revient peu après avec le précieux butin. Victoire,
c’est du neuf à un prix défiant toute concurrence, et ça vient directement de
France… Je conviens avec le patron de monter une petite affaire : on fait
faire des alle