Mayotte
lundi, décembre 4 2006
Mon voisin est un artiste
Par Sylvain le lundi, décembre 4 2006, 06:47
Il faudrait que j'écrive un jour une nouvelle avec mon voisin mauricien comme héros. Non un roman même. Un moustachu au ventre aussi large que son sourire, toujours à traîner autour de son pickup à la vitre obstruée par un sac poubelle noir. Un jour je le déniche au bord d'un cimetière à faire des trous à la pioche avec ses maçons, juste à l'endroit où je suis sensé refaire un bout de route, un parking, de l'éclairage et quelques aménagements pour faire bien. Il va faire une cloture. Evidemment je suis pas au courant, il bosse pour la Mairie et moi pour l'Equipement en contact avec le Conseil Général, tout ce petit monde se voit au moins tous les deux jours, joue au foot ensemble, se marie, voire plus, mais impossible de se tenir au courant. Bon.
Petit à petit ça pousse, un petit muret d'abord, assez costaud pour résister simultanément à un cyclone, un tremblement de terre et au crash d'un avion de combat plein de pétards chirurgicaux. Les locataires du cimetière doivent se sentir rassurés. Le soir, on en discute. On se comprend pas forcément mais ça ne gâche rien. Il y a quelques jours il m'attendait impatiemment. Oui j'avais vu son oeuvre, trois arches de béton dressées dans la journée, pas une identique, toutes trois aussi jolies que peuvent l'être des blocs de béton armé fusant vers un ciel nuageux. Et puis il y a eu les balustres. De jolies balustres de béton de style arabo-rococo, du très rare ici, tellement rare que depuis que son fournisseur est en tôle pour des arnaques quelconques il sait plus comment finir sa funèbre muraille. C'est là que le bougre commence à sacrément me plaire, car il est démerdard en plus. Il récupère de la résine à bateaux, fait un moule, puis sept autres, colle un gars modérément déclaré devant qui lui produit huit balustres par jour, et chope un autre chantier en attendant d'avoir un petit capital de 400 balustres dans son jardinet pour finir son chantier. Chapeau. En plus il est rassurant, il va rajouter un petit chaînage de béton bien armé au dessus de tout ça histoire que ça passe les siècles sans soucis, et me promet d'achever son oeuvre par un barbouillage général en blanc. Avec un touche de vert sur les arcades. Ca va péter.
Ah oui, et hier il me voit sortir de chez moi chargé par des pagaies alors que la tempête fait rage. Il intervient promptement et m'interdit de sortir en mer pour vérifier l'amarrage du bateau : il ne veut pas "perdre un ami".
Merci l'artiste.
lundi, août 28 2006
8602
Par Sylvain le lundi, août 28 2006, 10:57
8602 c'est le nombre d'expulsions de clandestins effectuées depuis le début de l'année. Barrages routiers et rafles au petit jour se multiplient dans l'île. Tout est bon pour atteindre les objectifs fixée par un ministre de l'Intérieur connu pour sa parfaite connaissance du contexte mahorais, quitte a froisser quelque peu les textes en expulsant notamment des enfants scolarisés... Quitte aussi a oublier qu'une bonne partie de ces 8602 personnes sont déjà de retour sur l'île, en prenant des risques de plus en plus importants du fait du renforcement du contrôle en mer. Mais il faut faire du chiffre, le reste importe peu, politique migratoire et coopération régionale se résument dès lors à la mise en place d'une chaîne logistique...

samedi, juillet 1 2006
23 ème course de pneus à Mayotte
Par Sylvain le samedi, juillet 1 2006, 13:32
700 gamins et presque autant de pneus usagés se sont élancés hier dans les rues de M’Tsapéré. Joie d’un carnaval populaire aux allures de défi sportif à peine gâché par quelques gouttes de pluie… Il y a eu des gagnants bien sûr, mais du spectacle surtout.

lundi, février 13 2006
Nuit noire
Par Sylvain le lundi, février 13 2006, 14:14
D'un bout à l'autre du continent, elle s'étire la nuit africaine. Sombre et accueillante, comme cette ruelle faiblement éclairée par quelques lampadaires timides, quelques enseignes modestes. Les feux d'une voiture éclairent péniblement la poussière moite qui brouille la vue, adoucit l'image. Et ces ombres. Noires encore, assises à l'entrée des maisons, courant dans la rue. Et ces bruits. Ces bruits surtout qui ne sont qu'à la Nuit Noire. Ces cris, ces paroles, ces chants. Un transistor qui s'emmerde à parler de foot, les coups sourds d'un marteau qui se reposerait bien, une télé solitaire qui gémit doucement, et toutes ces voix qui fusent dans la chaleur, qui pénètrent si profondément les corps.
jeudi, novembre 17 2005
Et la France outre-mer s’endort en silence
Par Sylvain le jeudi, novembre 17 2005, 17:45
La fumée pique les yeux. Le feu, encore, dans une banlieue française. Pas
une bagnole de plus qui s’apprête à grossir ces chiffres qui servent tous les
matins à jauger le climat social français. L’automobile embrasée, nouvel étalon
de mesure des tensions sociales d’une presse autiste. Non, pas une bagnole.
Un amas de bois et de tôles, des lambeaux
de tissus, une affiche publicitaire, une bassine en plastique et un bout de
clôture en bambous ; les restes d’une case dans le godet d’un tractopelle
qui s’en va finir dans les flammes d’un feu qui cache bien sa joie. Des maisons
de tôle qui s’effondrent une à une sous les coups des engins, sous les efforts
silencieux de ces familles aux regards hésitants et aux visages fermés. Le
fracas des marteaux et des bulldozers qui résonne sous le soleil tenace de
cette saison chaude qui commence. Qui commence à peine.
